France

Comment Macron prépare sa rentrée 2018

Le plus jeune président de la Ve République veut rompre les habitudes dès les premiers jours de l’an prochain. Objectif: continuer de surfer sur la vague qui l’a porté à l’Elysée

Emmanuel Macron ne croit pas au temps long en politique, mais aux guerres éclairs. C’est donc au pas de charge, version sprint, que le président français veut commencer 2018, satisfait de voir sa cote de popularité remonter autour de 54% en fin d’année, selon l’institut Odoxa. Ses vœux du 31 décembre donneront le top départ. «Sa priorité depuis son élection était de «faire président» le plus possible, pour tourner la page de l’ère Hollande, juge une ex-conseillère de sa campagne victorieuse. Son objectif en 2018 sera de démontrer que la France change vraiment.»

La vitesse d’exécution comme atout

De retour à l’Elysée après quelques jours de vacances pyrénéennes pour Noël avec son épouse Brigitte, Emmanuel Macron réunira le 3 janvier le premier Conseil des ministres de l’année, puis il rencontrera les journalistes pour la cérémonie des vœux à la presse que son prédécesseur – après avoir renoncé le 1er décembre à se représenter pour un second mandat – s’était bien gardé de convoquer l’an passé.

La principale leçon que le jeune chef de l’Etat (40 ans depuis le 21 décembre) a en effet retenue de 2017 est que la vitesse d’exécution est un atout dans une France où les partenaires sociaux, tout comme les partis politiques, tournent sur un logiciel bien plus ancien que le sien. Un premier séminaire gouvernemental se tiendra avant le départ du couple présidentiel pour Pékin le 8 janvier. Le cap sur l’Asie, poumon économique du globe, sera évidemment mis en scène.

Poursuivre les réformes sociales

Côté domestique, la priorité sera la poursuite des réformes sociales entamées par les cinq ordonnances de juillet 2017 modifiant le Code du travail, introduisant davantage de flexibilité dans les licenciements et favorisant les négociations en entreprise. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, défendra face aux syndicats la réforme de la formation et de l’assurance chômage (l’objectif étant d’étendre les allocations aux indépendants et de contrôler davantage les salariés à la recherche d’un emploi).

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Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, présentera, lui, ses propositions pour l’apprentissage en entreprise et ses mesures pour «tirer l’école vers le haut et autonomiser les établissements scolaires», comme il le répète depuis sa nomination. La mise en place de structures d’accueil permanentes pour permettre aux élèves de faire leurs devoirs après les cours est envisagée. Un moment important sera aussi, en février-mars, la remise du rapport sur le baccalauréat confié à l’universitaire lillois Pierre Mathiot.

Deuxième angle d’attaque en 2018 pour la «transformation» de la France version Macron: la réforme de l’Etat. Le projet de budget 2018, validé dans ses grandes lignes par le Conseil constitutionnel mercredi, a avalisé la suppression pour 80% des foyers de la taxe d’habitation qui alimentait les budgets des communes. Les dotations budgétaires des treize régions baisseront pour leur part d’environ 8%.

Détermination sécuritaire

Il va dès lors falloir donner enfin corps aux regroupements administratifs et à la suppression annoncée d’échelons territoriaux pour faire maigrir le «mille-feuille» du secteur public français. Cela tout en affichant la puissance régalienne de l’Etat dans deux directions: les dépenses militaires (qui, après avoir été gelées en 2017, progresseront de 5,6% par rapport à cette année) et celles des missions de sécurité. Un avant-goût de la détermination sécuritaire d’Emmanuel Macron vient d’être donné par le durcissement des expulsions de migrants illégaux, et la multiplication contiguë des contrôles d’identité dans les zones où ces derniers trouvent refuge, afin d’empêcher leur «sédentarisation».

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Un autre sujet symbolique en tête de l’agenda présidentiel est le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes. Les médiateurs nommés par le premier ministre Edouard Philippe ont rendu leur rapport à la mi-décembre. Une décision est attendue avant fin janvier et l’une des premières conséquences semble, d’ores et déjà, être la perte de confiance du public dans le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. Ce dernier était, selon les sondages, la personnalité politique préférée des Français jusqu’à la campagne présidentielle. Or l’ultime enquête de l’IFOP, publiée le 24 décembre, le place en 47e position…

Il doit impérativement renouer avec les classes populaires en début d’année, ou en tout cas ne pas leur tourner le dos.

Chloé Morin, de la fondation Jean Jaurès

Toujours prompt à mettre en scène son action, Emmanuel Macron pourrait en début d’année – comme il l’avait fait en juillet 2017 – intervenir devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès à Versailles. Mais il manque, pour l’heure, d’annonces sociales pour contrebalancer son image de «président des riches» forgée avec la diminution prochaine des charges salariales, l’introduction probable d’un «bonus-malus» pour l’assurance chômage et la transformation de l’impôt de solidarité sur la fortune en taxe sur la seule rente immobilière.

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«Il doit impérativement renouer avec les classes populaires en début d’année, ou en tout cas ne pas leur tourner le dos. Sinon, il ouvrira l’espace à ses opposants», pronostiquait dans une étude récente Chloé Morin, de la fondation Jean Jaurès, liée au Parti socialiste. Une grande émission télévisée en direct pour répondre aux questions des Français est envisagée, après l’entretien debout sans questions dérangeantes, sous forme de promenade intime à l’Elysée, accordé à France 2 le 17 décembre.

Première échéance électorale

La principale réussite du plus jeune président de la Ve République est, sept mois après son élection, d’avoir laissé un minimum d’espace à la droite traditionnelle et à la gauche sociale-démocrate. Une partie d’échecs remportée avec l’aide de ses deux meilleurs opposants: Jean-Luc Mélenchon du côté de la gauche radicale et Marine Le Pen pour le Front national (qui tiendra son congrès les 10 et 11 mars 2018), l’un et l’autre polarisant le débat politique. Etonnamment, le départ du gouvernement de son allié François Bayrou en juin 2017 ne lui a pas compliqué la tâche. Son gouvernement d’experts lui pose au contraire moins de problèmes.

Tout l’enjeu du début de 2018 va dès lors consister à poursuivre ce travail pour fédérer autour de lui et de son mouvement En marche l’électorat modéré. Afin de préparer la première échéance électorale de son quinquennat, les européennes de juin 2019, pour lesquelles Emmanuel Macron défend, depuis le début, l’idée d’une liste transnationale pour remplacer les 73 eurodéputés britanniques, à côté des circonscriptions dans chaque pays.

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