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Macron-Hollande, les dessous d’une trahison

François Hollande n’avait jamais livré sa version de l’ascension vers l’Elysée de son successeur. Il le fait, avec amertume, dans un livre publié ce mercredi

Un texto suffit parfois pour tout comprendre. Celui que révèle François Hollande, dans son livre Les leçons du pouvoir (Ed Flammarion) publié ce mercredi, est signé Emmanuel Macron, le 12 juillet 2016. L’actuel président français est alors, depuis deux ans, ministre de l’Economie, dans le gouvernement de Manuel Valls.

L’heure est venue de tenir, pour celui dans lequel beaucoup voient déjà un candidat pour l’Elysée, son premier meeting public parisien à la Mutualité. François Hollande s’interroge. Une trahison en perspective? Un texto macronien lui répond aussitôt: «Mes soutiens diront demain que ce meeting ne sert ni à démissionner ni à annoncer ma candidature. Grotesque. Bises.»

«Toujours cette façon de nier l’évidence avec un sourire»

Le Figaro, qui a publié hier les premiers extraits de l’ouvrage, n’a pas peiné à trouver le bon angle à propos de ces Mémoires publiés presque un an après le départ de l’ancien président de l’Elysée. Au bout de sa plume, c’est un bilan terni par une «impitoyable trahison» que peint François Hollande. Lequel avait fait venir Emmanuel Macron à ses côtés comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, dès son élection en mai 2012. La suite du récit de l’épisode de la Mutualité est sanglante.

Sur l’estrade, posée au centre de la salle chauffée par l’actuel député du Rhône Bruno Bonnell (Le Temps y était), le ministre de l’Economie promet que «plus rien n’arrêtera le mouvement de l’espoir […] jusqu’à la victoire!» Réplique, au bas d’une page des Leçons du pouvoir: «Le doute n’est plus permis, même s’il m’assure, imperturbable, qu’il n’a pas personnalisé la victoire, laquelle pourrait donc être la mienne. Toujours cette façon de nier l’évidence avec un sourire…»

Coup de poignard

Le reste du livre de 400 pages est finalement secondaire, même si François Hollande a défendu avec aplomb son bilan hier soir, au 20 heures de France 2. Car tout, à partir de la moitié de ce quinquennat, est teinté par ce coup de poignard porté par l’ancien protégé de l’ex-chef de l’Etat. «Il n’a pas pu se préparer, sauf les deux dernières années [du quinquennat précédent], a expliqué ce dernier au Monde. Comment passer du statut de citoyen au statut de président en si peu de temps? Du coup, il surjoue la fonction.»

L’évidence s’impose au fil de la lecture: Emmanuel Macron a dérobé une présidence à laquelle François Hollande lui-même ne croyait plus, surtout après les difficultés rencontrées par la loi portant réforme du marché du travail, que le ministre de l’Economie espérait défendre: «Préparé dans une période où les attentats [du 13 novembre 2015 et du 14 juillet 2016] mobilisaient notre attention, le texte n’a pas fait l’objet d’une concertation suffisante, concède dans son livre l’ex-président. Sa présentation a été précipitée.»

Liens ambigus

Sur France 2, l’ex-chef de l’Etat n’en a pas rajouté dans ses critiques acerbes de la présidence monarchique version Macron, dont il regrette le dédain «pour cet ancien monde qui s’appelle la démocratie, avec des partis politiques, des syndicats, un parlement et des élus». Son livre, en revanche, permet de comprendre l’ambiguïté des liens qui ont fini par désunir les deux hommes. L’ancien président avait cru embaucher le jeune inspecteur des finances surdoué au service de son projet politique.

Il le retrouve, le jour de sa démission fin août 2016, complètement transformé: «Emmanuel Macron m’annonce qu’il veut retrouver sa liberté. Je lui demande ce qu’il fera si je me déclare. Il entre dans un développement emberlificoté sur une «offre politique» qui exprime bien plus la gêne que l’ambiguïté. Sa non-réponse en est une. Qu’a-t-il à perdre? Je comprends ce jour-là qu’il ne s’inscrit pas dans l’histoire de la gauche, pas davantage dans celle de la social-démocratie, ni même dans une recomposition […] progressiste. Il est à son compte. Il a créé une entreprise…»

«Un pouvoir sans alternance»

Reste la conclusion qui, en plein conflit social à la SNCF et alors qu’Emmanuel Macron s’exprimera jeudi sur TF1 puis dimanche sur Mediapart, dit le séisme politique toujours en cours en France. François Hollande reçoit son successeur trois jours après sa victoire. Il raconte: «Il ne veut pas se concilier le PS. Il veut le remplacer […] Il m’annonce qu’il compte rallier à lui des membres éminents de l’opposition: un pouvoir sans alternance.»

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