France

En Macronie, la bataille municipale est engagée

Le divorce entre l’exécutif français et les territoires est criant. Plusieurs ministres clés d’Emmanuel Macron espèrent le combler lors des municipales de 2020

Gérard Collomb a déjà tourné la page de l’affaire Benalla. Le ministre de l’Intérieur n’a pas attendu que l’ex-collaborateur de l’Elysée se retrouve mercredi matin devant la commission d’enquête du Sénat pour indiquer son prochain objectif: reconquérir la mairie de Lyon pour un quatrième mandat municipal.

Exit donc le premier flic de France, dont l’autorité a plusieurs fois été mise en cause, d’abord dans le dossier des migrants puis, compte tenu des remous provoqués au sein de la hiérarchie policière, dans sa gestion du scandale provoqué par le jeune collaborateur de l’Elysée. Et place à la nouvelle bataille qui agite la Macronie: celle des municipales du printemps 2020.

Absence de racines locales

L’effervescence autour des grandes villes de France commence par Paris. Lâchée lundi par son premier adjoint démissionnaire, Bruno Julliard, la maire socialiste Anne Hidalgo, connue pour ses relations difficiles avec Emmanuel Macron, est la cible numéro un du parti présidentiel, La République en marche (LRM). Le ministre du Numérique, Mounir Mahjoubi, élu du nord parisien, et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, se sont tout de suite mis sur les rangs. Tandis que bruit la rumeur d’une candidature possible d’Edouard Philippe, l’actuel premier ministre et ancien maire du Havre, venu de la droite.

Qu’en déduire? D’abord que l’exécutif épuise. Grand baron socialiste de province, boudé par l’ancien président François Hollande, Gérard Collomb a pris sa revanche en arrivant place Beauvau, récompense de son soutien précoce au candidat Macron.

Problème: l’isolement s’est installé et la machine s’est dangereusement enrayée. LRM demeure une «bulle» sans racines locales. Ses députés vivent mal d’être parfois boycottés par les maires, qui leur reprochent d’être trop loin des citoyens. L’urgence politique s’est déplacée vers la province: «Les barons de la Macronie et le chef de l’Etat le savent: il y a deux élections qui comptent en France celle du président et les municipales. Ce sont les deux batailles clés», confirme l’universitaire et éditeur Fabrice d’Almeida.

Alliances indispensables

Qui d’autre, après Gérard Collomb, choisira donc dans deux ans le retour dans les territoires plutôt que les ors des ministères? Beaucoup s’attendent au retour en Bretagne du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. La candidature à Marseille de Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence et délégué général du parti LRM est aussi évoquée. La succession d’Alain Juppé (73 ans) à Bordeaux fait saliver puisque celui-ci pourrait renoncer à se représenter.

Mais il faudra auparavant trancher une question redoutable pour la formation présidentielle, bâtie sur l’ambiguïté «ni droite ni gauche»: avec qui s’allier? Le scrutin municipal français se déroule à la proportionnelle à deux tours. Des alliances seront dès lors indispensables, vu les «triangulaires» rendues probables par le poids électoral du Rassemblement national et de la gauche radicale.

J’espère que les futurs candidats macroniens ont compris qu’un pays, c’est autre chose qu’une start-up

Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des maires de France

Pour y répondre, une «charte des valeurs» a été votée, coordonnée par le député parisien Pierre Person, responsable du pôle «Elections». Objectif: personnaliser les coalitions et permettre du sur-mesure. Soit. Mais comment parler aux villes et aux communes après les avoir privées de l’une de leurs ressources principales: la taxe d’habitation? Et comment expliquer aux électeurs français dans les régions que la Macronie croit dans la décentralisation alors que 13 milliards d’euros d’économies sont demandées aux collectivités locales jusqu’en 2022?

«J’espère que les futurs candidats macroniens ont compris qu’un pays, c’est autre chose qu’une start-up», s’énervait récemment le secrétaire général de l’Association des maires de France, Philippe Laurent. Un décalage qu’admettent les députés LRM, coupés du quotidien des mairies par le non-cumul strict des mandats: «Nous avons été élus sur le nom de Macron en 2017, explique l’un d’entre eux. Maintenant, il nous faut apprendre à connaître nos électeurs et leur environnement municipal.»

Les maires font front

Emmanuel Macron a, pour sa part, toujours découpé son quinquennat en deux parties. Les deux premières années pour réformer, jusqu’aux élections européennes de mai 2019. Puis les trois suivantes pour consolider… et préparer sans doute une nouvelle candidature. Avoir des maires à ses côtés, dans ce second temps, sera indispensable. L’effet de surprise de mai 2017 ne jouera plus.

Le «vieux monde» des conseillers municipaux et des élus locaux – celui qu’incarne le Sénat, devenu l’opposant en chef au pouvoir en place avec sa commission d’enquête sur l’affaire Benalla et son opposition au projet de réforme constitutionnelle – aura repris ses droits. En banlieue parisienne, un front du refus des maires se dessine après la démission de Stéphane Gatignon, maire de Sevran, en mars 2018.

«Les maires tirent la sonnette d’alarme. Vous ne l’entendez pas, a plusieurs fois répété François Baroin, président de l’Association des maires de France, au locataire de l’Elysée. Nous sommes face à une accumulation de décisions venues d’en haut. Vous incarnez un Etat qui veut tout recentraliser mais n’en a pas les moyens.» Message reçu?

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