France

La Macronie face à un tournant

Alors qu’un «large remaniement» du gouvernement est attendu, l’électorat d’Emmanuel Macron et de son mouvement La République en marche montre des signes d’essoufflement. De quoi alerter l’Elysée, à la recherche de ministres mobilisateurs

Un homme est assuré, déjà, de sortir vainqueur du remaniement gouvernemental attendu en France, avant le départ d’Emmanuel Macron ce soir pour le Sommet de la francophonie à Erevan (Arménie) où il retrouvera le président de la Confédération Alain Berset: le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer.

Depuis la démission de l’ex-maire de Lyon Gérard Collomb du poste pivot de ministre de l’Intérieur, le nom de ce haut fonctionnaire de 53 ans devenu en juin 2017 le «premier prof de France» est cité par tous les éditorialistes. Motif: sa popularité, sa connaissance des dossiers, et sa capacité à résister à l’ouragan médiatique hexagonal.

Un profil ainsi résumé par Laurent Joffrin, directeur du quotidien de gauche Libération: «Une chauve-souris: mi-technocrate, mi-politique, maîtrisant parfaitement les arcanes de son administration, dont il est issu. Mais aussi au fait des attentes de l’opinion en matière éducative, et donc suffisamment politique pour mettre en œuvre des réformes et conserver sa popularité, entre retour aux sources et modernité pédagogique, entre privé et public, entre égalitarisme et élitisme.»

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Un électorat hyper-centriste

Une autre fiche d’identité est désormais mieux cernée grâce à une étude de l’institut Terra Nova publiée cette semaine: celle des électeurs macroniens et des militants du mouvement présidentiel La République en marche (LRM). Qui sont-ils? Avant tout des hommes (68%) plus jeunes et plus urbains que la moyenne, avec un niveau de formation particulièrement élevé (80% sont diplômés du supérieur), explique le rapport de Terra Nova.

Sans surprise: au sein de LRM, les cadres et professions libérales sont très majoritaires (60%) ainsi que les actifs du secteur privé (71%). Un électorat à forte tonalité des classes moyennes urbaines supérieures, plutôt convaincu de «sa stabilité et de sa sécurité économique». Avec un positionnement politique hyper-centriste: «Sur une échelle gauche-droite de 0 à 10, ils se placent en moyenne presque exactement au centre de l’échelle (4,9)», poursuivent les auteurs de l’étude.

Les «progressistes-libéraux», le cœur du macronisme

Qui, alors, pour diriger la France? L’équation, au vu des préférences affichées par la famille macronienne, est compliquée, tant celle-ci est divisée, selon Terra Nova, entre «progressistes-libéraux» (31%) «qui combinent des attitudes économiques libérales et des attitudes culturelles marquées par le progressisme et la tolérance»; «progressistes-égalitaires» (23%) plutôt de gauche; «conservateurs-libéraux» (23%) plus âgés et «modérés-conservateurs» (19%).

Les «progressistes-libéraux» – qui comptent le plus grand nombre d’adhérents de la première heure – forment le «cœur du macronisme à la fois par leur nombre et par leur forte homogénéité au plan des valeurs». Le tout, assorti par une constante au sein de tous ces groupes: la confiance dans… Emmanuel Macron plus que dans son camp politique. «Dans une grande majorité, ces électeurs sont des novices de l’engagement politique. Les trois quarts d’entre eux n’avaient encore jamais milité nulle part.» Ils restent convaincus que le vainqueur de la présidentielle est «seul capable de réformer la France» et LRM est une formation «pas comme les autres».

Une démocratie moins participative que prévu

L’une des informations les plus intéressantes contenues dans ce rapport de Terra Nova est toutefois l’état d’esprit de ces militants macroniens, dont la mobilisation sera cruciale pour les élections européennes de la fin mai 2019.

Or, à l’instar de la majorité des Français (66% d’entre eux disent avoir aujourd’hui une mauvaise opinion du président contre 33% de «bonnes opinions», chiffre en légère hausse selon le dernier sondage Odoxa publié lundi), ceux-ci s’interrogent: «Leur satisfaction est moyenne sur la capacité du mouvement à prendre en compte l’opinion des adhérents, sur la valorisation de l’engagement des marcheurs et sur le fonctionnement démocratique de LRM», juge le rapport. En ajoutant: «Cela peut être une source de frustrations dans un mouvement qui n’a cessé de se proclamer différent des partis traditionnels et de promouvoir une forme inédite de démocratie participative.»

Les paradoxes de l'époque

Comment, un an et demi après avoir accédé à l’Elysée et remporté une majorité absolue à l’Assemblée nationale, incarner cette différence? Terra Nova questionne: «Le camp macronien répond aux paradoxes de l’époque: d’un côté, la quête du leader, voire de l’homme providentiel, la personnalisation de la vie politique soutenue par l’érosion des grandes offres idéologiques et encouragée en France par la présidentialisation croissante de la Ve République. De l’autre, l’apologie de la participation, le refus des organisations solides, la contestation des médiations hiérarchiques, l’appel à l’initiative de chacun.» Plus qu’un diagnostic: un labyrinthe.

La République en marche, anatomie d’un mouvement (tnova.fr)

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