Une rencontre attendue et des répliques assassines. L’affrontement entre les deux finalistes de la présidentielle française est un grand classique, et il pourrait s’avérer décisif. Emmanuel Macron et Marine Le Pen vont débattre ce mercredi soir pendant plus de deux heures devant des millions de téléspectateurs.

Point d’orgue de la campagne électorale, l’événement est toutefois inédit dans la Ve République. C’est la première fois que le Front national défend ses idées dans une telle joute télévisuelle. En 2002, le candidat de la droite Jacques Chirac avait refusé de débattre avec son adversaire Jean-Marie Le Pen. En 2017, le fondateur du mouvement En Marche! veut faire face à sa fille.

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Défendre un projet

Les deux candidats préparent activement ce débat d’entre-deux-tours. L’enjeu est double: défendre un projet et pointer les faiblesses de son adversaire. Pour Emmanuel Macron, cet affrontement devrait notamment se jouer sur le terrain des valeurs. «Beaucoup de gens ne font plus la différence entre Le Pen et les autres, donc rappeler d’où elle vient et quelles sont les racines de l’extrême droite, c’est sain», explique Arnaud Leroy, député socialiste des Français de l’étranger, au Monde. Selon le quotidien du soir, Emmanuel Macron a également l’intention de s’attaquer aux tergiversations de sa rivale concernant la sortie de l’Union européenne et de l’euro. Les «affaires» du Front national devraient être également évoquées.

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Au siège de la campagne, les arguments sont préparés en comité restreint. Au sixième étage, celui réservé à la garde rapprochée du candidat centriste. Il a demandé à ses équipes de lui préparer des notes. «Je suis contente qu’il y ait cette confrontation d’idées. Ce sera une rencontre entre deux personnalités, un choc des valeurs, confie Axelle Tessandier, déléguée nationale du mouvement. Le débat ne se prépare pas de manière collaborative, contrairement à la campagne d’En Marche!. Il est préparé de façon protégée.»

Portes closes

Du côté frontiste, on se réjouit également de cette confrontation. Mais les portes du siège de la campagne restent closes, le duel se prépare en coulisses. Dans la dernière ligne droite, Marine Le Pen a dépeint son adversaire sous les traits du «banquier» et de l’homme de la «finance». Un angle d’attaque qu’elle devrait essayer d’imposer dans ce débat. «Et là, on devrait voir de manière extrêmement claire les deux choix de société qui sont proposés par l’une et par l’autre», espère le directeur de campagne David Rachline sur France Info.

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Marine Le Pen devrait également s’attaquer à l’entourage d’Emmanuel Macron. Elle a vivement réagi à l’annonce concernant l’ancien premier ministre Manuel Valls qui pourrait rejoindre les rangs du mouvement En Marche!. «Ce n’est pas le renouveau qu’il propose, c’est le recyclage», fustige-t-elle sur son blog. Le débat est capital pour Marine Le Pen, largement distancée dans les sondages. Elle plafonne à 41% des intentions de vote, quand son adversaire culmine à 59%. Celle qui faisait un déplacement par jour a par ailleurs alléger son emploi du temps.

Quatorze caméras sur le plateau

Il faut dire que les deux finalistes de la présidentielle vont se soumettre à une rude épreuve médiatique. Scrutés par quatorze caméras – et six de secours –, ils devront s’affronter sur une dizaine de grands thèmes. «Il s’agit de synthétiser, de concentrer des choses qu’on a déjà dites en meeting, des formules qui marchent. Et aussi souvent de préparer un petit coup surprise», indique Arnaud Mercier, professeur de communication politique à Paris, sur BFM TV.

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Marine Le Pen sera installée sur le pupitre gauche et Emmanuel Macron à droite. La candidate frontiste sera la première à parler tandis que son rival d’En Marche! aura le dernier mot. L’opération est suivie de près par le CSA. Le gendarme de l’audiovisuel a demandé à TF1 et France 2 de proposer un duo d’intervieweurs mixte, et finalement moins connu du grand public. Le face-à-face sera en effet arbitré par les chefs du service politique des deux chaînes françaises: Christophe Jakubyszyn et Nathalie Saint-Cricq. «Les journalistes sont des passeurs, mais nous pourrons éventuellement réagir pour remettre les choses dans les rails, préciser un fait», explique le premier au Monde. Ce débat pourrait dépasser les 15 millions de téléspectateurs. Parmi eux, des millions d’électeurs encore indécis. Les candidats ont un seul objectif: convaincre les Français.


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