Couple franco-allemand

Macronmania à Berlin

Le nouveau président français a reçu à Berlin un accueil particulièrement chaleureux. La chancelière et lui ont multiplié les gestes de bonne volonté l’un envers l’autre

Emmanuel Macron a reçu un accueil particulièrement chaleureux à Berlin. Fait totalement inhabituel, des centaines de badauds s’étaient rassemblées devant la chancellerie pour saluer le nouveau président français. Cet enthousiasme, rappelant celui qui avait suivi l’élection de Barack Obama, a été interprété par Angela Merkel comme l’expression d’une attente populaire pour une relance de la coopération franco-allemande et de l’Union européenne.

Lors de leur conférence de presse commune en fin d’après-midi, la chancelière et le président ont multiplié les gestes de bonne volonté, s’assurant mutuellement de leur volonté de coopérer pour parvenir à une «refondation historique de l’Europe». Le président français a souligné la nécessité de répondre à la «colère» qui s’est exprimée dans le vote pour Marine Le Pen. La chancelière allemande a jugé que l’élection française montrait qu’il fallait renforcer l’Europe.

«Je serai toujours un partenaire franc, direct et constructif», a dit Emmanuel Macron, jugeant que les succès de la France, de l’Allemagne et de l’Europe étaient indissociables. Parmi les sujets de court terme, les deux responsables ont cité la révision de la directive sur les travailleurs détachés (un sujet très présent dans la campagne présidentielle), un droit d’asile commun pour les réfugiés et le travail sur la politique commerciale.

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Angela Merkel s’est dite prête à «renégocier les traités européens là où ce sera nécessaire». Pour rassurer sa partenaire allemande, Emmanuel Macron a de son côté assuré qu’il n’était pour lui pas question de mutualiser les dettes du passé. «Je ne suis pas un promoteur de la mutualisation des dettes du passé» dans la zone euro, a-t-il déclaré à la presse après un entretien avec Angela Merkel, alors que ce sujet suscite l’opposition de l’Allemagne, tout en soulignant qu’une réflexion devait s’engager pour le financement de projets d’avenir.

«Combien va nous coûter Macron ?»

Cette mise au point était indispensable pour rassurer l’opinion outre-Rhin. D’abord soulagée de la défaite de Marine le Pen, l’Allemagne avait rapidement fait preuve d’inquiétude face aux propositions d’Emmanuel Macron. Le week-end dernier, le magazine Der Spiegel accordait sa Une au «cher ami», allusion au coût supposé pour l’Allemagne de la politique qu’il entend mettre en œuvre. «Emmanuel Macron sauve l’Europe… et l’Allemagne doit payer», poursuit le magazine, généralement critique envers l’Hexagone. Le quotidien Bild Zeitung se demandait dès la semaine dernière «combien va nous coûter Macron?»

En Allemagne, Emmanuel Macron peut compter sur le soutien du Parti social-démocrate (SPD), notamment du ministre des Affaires Etrangères Sigmar Gabriel. Mais le président français se heurte aux réticences de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), qui le soupçonne de vouloir relancer l’idée d’une mutualisation des dettes au sein de l’Union européenne. Wolfgang Schäuble, l’indéboulonnable ministre des Finances, ne rejette pas en bloc les propositions du nouveau président français, mais il estime qu’elles nécessiteraient une révision des traités européens, qu’il juge «irréaliste».

Angela Merkel, fidèle à son principe du gouvernement par consensus, cherchera à transiger entre les deux lignes. Macron «va défendre les intérêts de la France, je vais défendre les intérêts de l’Allemagne, mais je suis sûre qu’il y aura un nombre si grand de points communs» qu’une coopération sera possible, a assuré la chancelière à la veille de la rencontre. Elle s’est notamment déjà dite prête à envisager des projets d’investissement franco-allemands dans le domaine du numérique, où l’Allemagne a pris du retard, alors que le FMI demande à l’Allemagne une nouvelle fois de «dépenser plus» pour relancer la croissance européenne.

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