Paris

Macron-Trump, viril duo transatlantique

Le président français a multiplié les signes d’amitié jeudi vis-à-vis de son hôte américain, reçu en grande pompe avec son épouse. Avec un souci permanent: se présenter comme le principal interlocuteur européen de Donald Trump

Le scénario était simple: pour marquer les esprits et démontrer à Donald Trump que «Paris reste Paris», Emmanuel Macron devait impressionner son hôte, tout en lui témoignant sa virile amitié. Contrat rempli, pour cette première journée parisienne du président américain qui, ce vendredi matin, préside avec son homologue français le traditionnel défilé militaire sur les Champs-Elysées, en présence d’éléments de l’US Army et d’avions de l’US Air Force.

Marques d’affection et compliments

Une arrivée en grande pompe aux Invalides, sous le signe de la mémoire militaire, cent ans après l’intervention des Etats-Unis aux côtés de la France et du Royaume-Uni durant la Première Guerre mondiale. Une séance photos devant les tombes du maréchal Foch et de Napoléon. De longs apartés dans les couloirs du Musée de l’armée. Le tout ponctué de marques d’affection mutuelles, entamées par un échange initial d’accolades et de bises entre les deux couples. Avec, pour conclure, un «dîner d’amis» au restaurant d’Alain Ducasse à la tour Eiffel.

Brigitte Macron, en première dame, était toute de blanc vêtue. Melania Trump, en robe fourreau rouge, lui apportait la réplique. Une cravate bleue pour le locataire de la Maison-Blanche et voilà la visite placée d’emblée sous le signe bleu-blanc-rouge. La suite? Pour les dames, une visite à Notre-Dame, puis une descente de la Seine. Pour leurs présidents de maris: un long entretien à l’Elysée, achevé par une conférence de presse commune placée sous le signe des compliments mutuels.

L’ombre de l’attentat de Nice

Côté Trump, l’évocation grandiloquente de La Fayette, de l’héritage révolutionnaire commun aux deux nations, plus des remerciements à la pelle sur l’alliance historique entre les Etats-Unis et la France, ce pays «spectaculaire». Le tout assorti d’une (très petite) ouverture au sujet de les Accords de Paris sur le climat, dont il a promis de reparler. Côté Macron, une volonté d’apparaître comme l’allié indiscutable. Les généraux en chef des deux pays, présents pour le défilé militaire du 14 Juillet, l’étaient aussi lors des échanges présidentiels. L’ombre de l’attentat de Nice, voici un an, pesait lourd.

Lire aussi: Nice, 14 juillet 2016: l’attentat qui continue de hanter la France

«Notre détermination pour éradiquer le terrorisme est entière», a martelé le président français en annonçant une prochaine feuille de route commune «d’après-conflit» en Syrie et des initiatives concrètes prochaines sur la Libye. «Nous avons changé la doctrine française sur la Syrie pour obtenir des résultats», a poursuivi le locataire de l’Elysée, au lendemain de la chute de Mossoul et alors que l’armée française s’inquiète de prochaines coupes budgétaires. En rappelant la «ligne rouge commune: aucune utilisation d’armes chimiques».

Un nouveau ton transatlantique

Le scénario, sur fond de Paris et de «Bastille Day» n’était pas que politique. Il était chorégraphié pour convaincre les opinions, et imposer, après l’animosité entre Donald Trump et François Hollande, un nouveau ton transatlantique. Le fait qu’Emmanuel Macron ait présidé, le matin même, un Conseil des ministres franco-allemand aux côtés de la chancelière Angela Merkel ajoutait à ce tableau réussi. Après avoir empoché, pour la première fois, un accord de principe de l’Allemagne sur la création d’un budget de la zone euro (et annoncé un projet franco allemand d’avion militaire du futur), le président français a gagné son pari d’être traité en égal, voire en partenaire privilégié, par le locataire de la Maison-Blanche.

Qu’importe le rassemblement anti-Trump, dans la soirée de mercredi, place de la République. Silence sur les nouvelles allégations d’interférences russes au sein de la famille Trump. Pas un mot sur le décès de Liu Xiaobo. Alors que Londres attend toujours la première visite officielle du président américain, et que Berlin et Washington ne cachent plus leurs différends, l’offensive élyséenne s’est retrouvée gratifiée d’une de ces formules excessives dont Donald Trump raffole: «La France a un grand président, un grand leader. Paris est redevenu Paris. Je reviendrai.» La partie de poker Macron-Trump est bien engagée.

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