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La ville de Madaya, aujourdhui assiégée, était avant la guerre un lieu de villégiature prisé des Syriens
© OMAR SANADIKI

Syrie

Dans Madaya assiégée, «les habitants recommencent à manger de l’herbe»

Un mois après le dernier ravitaillement, la situation de Madaya, encerclée par l’armée syrienne et le Hezbollah, se détériore de jour en jour. L’arme de la faim est de plus en plus utilisée en Syrie. L’ONU minimise

La petite ville de Madaya, assiégée par l’armée syrienne et les miliciens du Hezbollah libanais, est retombée dans l’oubli. Pourtant, les vivres acheminés par les Nations unies il y a un mois, commencent à manquer et des habitants continuent de mourir des suites de la malnutrition. Seize d’entre eux sont décédés depuis la mi-janvier, ce qui porte le bilan à 49 victimes depuis décembre, selon Médecins sans frontières, qui est en contact avec l’unique centre de santé de la ville.

Lire aussi : Echec et mat pour les Etats-Unis en Syrie

«Les gens recommencent à manger de l’herbe pour combler la faim», témoigne un habitant de Madaya, photos à l’appui. Ce militant contacté via la messagerie What’s App veut garder l’anonymat. La connexion internet fonctionne encore, sans qu’il puisse expliquer cette brèche inespérée dans le blocus qui étouffe la ville. «Tous ceux qui ont des contacts avec les médias sont menacés par le Hezbollah», écrit-il. Particulièrement visé, le seul docteur de Madaya a dû abandonner ses malades. Près de 400 personnes seraient dans un état grave et auraient besoin d’être évacuées. La malnutrition sévère nécessite un traitement médical que la clinique est incapable d’offrir.

«5000 dollars pour sortir»

«Certains habitants ont des liens étroits avec le Hezbollah et vendent des denrées à des prix exorbitants, décrit notre interlocuteur. Personne ne peut quitter la ville. Il y a des barrages tout autour et des mines antipersonnel. Le seul moyen est de payer 5000 dollars au Hezbollah». Mardi, les miliciens chiites et l’armée syrienne, qui assiègent Madaya depuis l’été dernier, ont laissé sortir trois femmes enceintes et un homme âgé. Mais le convoi du Croissant Rouge syrien venu les chercher a essuyé des tirs à l’un des check point à la sortie de la ville.

Cela fait des semaines que l’ONU réclame l’autorisation du gouvernement syrien pour évacuer plus de monde. Pour l’instant en vain. Quelques centaines de combattants, en particulier du groupe islamiste Ahrar al-Sham, se trouveraient encore à Madaya ou dans la ville voisine de Zabadani, en ruines. L’été dernier, l’enclave s’apprêtait à être reconquise par les forces loyalistes. Mais leur offensive a été stoppée nette par les représailles d’Ahrar al-Sham contre les villages chiites de Foua et Kefraya, dans la province d’Idlib (nord). Depuis, les rebelles font subir le même sort aux 12 500 habitants des deux localités.

Foua et Kefraya avaient également été ravitaillées par l’ONU à la mi-janvier en même temps que Madaya en vertu d’un accord conclu entre l’Iran et la rébellion. «Son application est depuis bloquée à cause de divergences entre les deux parties mais aussi entre l’Iran et le gouvernement syrien», signale un humanitaire sur place.

«Une arme de plus en plus répandue»

«L’utilisation de la faim comme une arme de guerre est de plus en plus répandue», s’alarme Valerie Szybala, directrice du Syria Institute. Le think-thank basé à Washington vient de publier avec l’ONG Pax un premier rapport sur le fléau. Les observations ont été recueillies par un réseau de correspondants en Syrie. Le constat est accablant: plus d’un million de Syriens sont assiégés, la plupart par le régime de Bachar el-Assad. C’est deux fois plus que ce que reconnaît l’ONU.

Jusqu’à ce que la famine à Madaya émerge dans les médias internationaux, l’ONU ne considérait même pas la ville et ses 40 000 habitants comme assiégés. Ils étaient «difficilement accessibles», selon la terminologie onusienne. «Nous n’avons pas la même méthodologie et les mêmes sources d’information», justifie Jens Laerke, le porte-parole à Genève du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), l’organisme qui fait chaque mois rapport au Conseil de sécurité.

Lire aussi: «le jour où l’étau s’est desserré sur les affamés de Madaya» (12 janvier 2016)

«Un siège est intentionnel et constitue un crime de guerre, pointe Valerie Szybala. La qualification fait une énorme différence. D’autant plus que les 300 000 habitants encore dans les quartiers d’Alep tenus par l’opposition pourraient à leur tour être encerclés.» La chercheuse pointe elle aussi des différences de méthodologie: «l’ONU écarte la possibilité d’un siège lorsqu’il y a du commerce avec les zones encerclées, même si les prix sont scandaleusement surévalués. Cela n’offre qu’un répit aux habitants qui s’appauvrissent chaque jour davantage. Seuls les commerçants proches du régime peuvent franchir les check point. Ils lui reversent une partie du bénéfice».

L’appât du gain n’est toutefois pas la première raison de la poursuite des sièges. «Ils visent à dépeupler les zones encore hostiles au gouvernement, estime Valerie Szybala. Lorsque son action est entravée, il faut que l’ONU en réfère au Conseil de sécurité si elle ne veut pas être complice de cette stratégie.»

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