Le gouvernement espagnol a tapé du poing sur la table, mardi, en convoquant l’ambassadrice marocaine pour lui exprimer son «mécontentement» face à l’arrivée de près de 8000 migrants à Ceuta depuis lundi en provenance du Maroc.

«Je lui ai rappelé que le contrôle des frontières a été et doit rester de la responsabilité partagée de l’Espagne et du Maroc», a déclaré la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, à la presse. A Rabat, le ministère des Affaires étrangères marocain a annoncé le rappel immédiat «pour consultation» de son ambassadrice.

Cette crise migratoire, sans précédent pour l’Espagne, dont le Maroc est un allié clé dans la lutte contre l’immigration clandestine, intervient alors que les relations diplomatiques entre les deux pays se sont envenimées depuis l’accueil, fin avril, par l’Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid-19.

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Si à Rabat, les plus hautes autorités gardent le silence depuis lundi, le directeur central de la police judiciaire, Mohamed Dkhissi, a affirmé dimanche sur la télévision publique marocaine 2M que l’Espagne était «perdante» dans cette brouille et souligné que le Maroc, «qui est une puissance régionale […] n’est le serviteur d’aucun pays».

«Grave crise pour l’Espagne et pour l’Europe»

Face à la gravité de la situation, le premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, est arrivé vers 17 heures (heure Suisse) à Ceuta, où il a été accueilli par les huées de quelques dizaines de résidents, selon des images mises en ligne par le journal local. Il devait ensuite se rendre à Melilla, l’autre enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du Maroc.

«Nous allons rétablir l’ordre dans (la) ville et à nos frontières le plus rapidement possible», avait-il déclaré plus tôt lors d’une brève allocution télévisée depuis Madrid. «Cet afflux soudain de migrants irréguliers est une grave crise pour l’Espagne et pour l’Europe», avait-il ajouté, alors que Ceuta et Melilla sont les seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Union européenne.

Bruxelles a exprimé à l’Espagne sa solidarité et appelé le Maroc, par la voix de la commissaire européenne Ylva Johansson, à empêcher les «départs irréguliers» depuis son territoire.

«Ceuta, c’est l’Europe»

L’Europe «ne se laissera intimider par personne» sur le thème migratoire, a lancé mercredi le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, à propos de cet afflux de migrants en provenance du Maroc.

Dans une allusion très claire au Maroc, Margaritis Schinas a affirmé, dans une interview à la radio publique espagnole, que l’Europe ne serait «pas victime de ces tactiques». «Ceuta, c’est l’Europe, cette frontière est une frontière européenne et ce qui se passe là-bas n’est pas le problème de Madrid, c’est le problème de tous» les Européens, a-t-il déclaré.

«Personne ne peut intimider ou faire chanter l’Union européenne», a-t-il encore dit, rappelant qu’il y avait déjà eu «ces 15 derniers mois quelques tentatives de pays tiers […] d’instrumentaliser» la question migratoire. «Cela, nous ne pouvons pas le tolérer», a-t-il lancé, mentionnant nommément la Turquie.

Poursuite des arrivées et des renvois

Près de 4000 migrants ont été renvoyés au Maroc, selon les chiffres publiés mardi par le ministère espagnol de l’Intérieur, qui a par ailleurs annoncé l’envoi de nouveaux renforts des forces de l’ordre sur place. Cinquante agents supplémentaires vont être déployés en plus des 200 déjà envoyés mardi tandis que 150 autres seront en veille et prêts à intervenir.

Selon un journaliste local à Ceuta, les arrivées de migrants, qui s’étaient ralenties à la mi-journée, se sont poursuivies dans l’après-midi. Sur la plage, où ces migrants arrivent à la nage, les forces de l’ordre espagnoles, qui ont déployé des blindés et utilisé des gaz lacrymogènes, ont mis en place un cordon de sécurité pour les empêcher d’aller plus loin que la rive.

Ils les raccompagnent ensuite vers la clôture qui sépare l’Espagne du Maroc. En milieu d’après-midi, environ 700 migrants, principalement Marocains, mais aussi venus d’Afrique subsaharienne, étaient encerclés sur la plage, selon la même source.

Un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) du côté marocain de la frontière a vu des groupes composés de jeunes Marocains, avec des femmes et des enfants, tenter de nouvelles percées à travers le grillage frontalier avant d’être interceptés et chassés par les autorités marocaines.