Indépendance

Madrid place la Catalogne sous tutelle, Puigdemont parle de «dictature»

Suite à la réunion d'un conseil des ministres extraordinaire organisée samedi à Madrid, Mariano Rajoy a décidé d'appliquer l'article 155 de la Constitution espagnole destituant les membres du gouvernement catalan. La réaction de Carles Puigdemont est radicale

L’Espagne a vécu ce samedi un jour historique, d’une gravité sans précédents depuis la fin du franquisme. Pour la première fois depuis l’avènement de la démocratie, le pouvoir central a décidé la mise sous tutelle d’une région «insoumise et rebelle», en l’occurrence la Catalogne. Motif invoqué par Mariano Rajoy, au sortir d’un conseil des ministres extraordinaire: l’exécutif sécessionniste de cette région «a violé la constitution» en organisant un référendum interdit (le 1er octobre) et voté une législation permettant une transition «vers un Etat nouveau». Or, une telle décision -a rappelé le leader conservateur- ne pourrait être prise que «par l’ensemble des Espagnols, non par une partie d’entre eux».

Mariano Rajoy a assuré avoir agi «avec prudence», en martelant que les leaders indépendantistes «sont responsables» de cette mesure drastique, et que son gouvernement «ne l’a jamais désirée». Appuyée par les socialistes et les centristes de Ciudadanos, la mise sous tutelle a causé des réactions outrées de la part de Podemos («Un véritable choc, une suspension de la démocratie en Espagne») et surtout des formations séparatistes catalanes («Un coup d’Etat contre la Catalogne»).

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Destitution du gouvernement catalan

La mise sous tutelle annoncée correspond à l’application de l’article 155 de la Constitution espagnole, jamais mis en œuvre jusqu’alors. Certains pensaient que le pouvoir central en proposerait une version «décaféinée», mais tel n’a pas été le cas: le chef de l'exécutif Carles Puigdemont doit être destitué, ainsi que tous les membres de son gouvernement, les ministères régionaux passant sous le férule de Madrid. Le parlement autonome de Barcelone survit, mais se voit mutilé de l’essentiel de ses prérogatives.

Le pouvoir central prendra en priorité le contrôle de domaines qu’il juge vitaux: l’agence fiscale catalane, la police autonome (les quelque 17000 Mossos), les médias publics (en particulier la télévision régionale TV3, clairement pro-Indépendance), et le centre de télécommunications. Si cela se produisait, comme au terme de la guerre civile (1936-1939), la région de Catalogne perdrait le contrôle de toutes ses institutions.

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Protestation massive annoncée

L’objectif déclaré du pouvoir central est de «restaurer la légalité et la convivialité» en Catalogne. Et, dans un délai de six mois (fin janvier 2018, selon les socialistes), organiser des législatives régionales anticipées «afin de recouvrer la normalité démocratique». Mais ce scénario pourrait être bouleversé par les réactions de colère auprès des milieux sécessionnistes, qui ont annoncé une protestation massive pour cet après-midi de samedi, contre «le diktat de type franquiste de Madr

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Ce samedi soir, Carles Puigdemont doit répondre à la dureté des mesures annoncées par Mariano Rajoy. «Sa responsabilité est historique, commente le sous-directeur de La Vanguardia Enric Juliana. S’il n’obéit pas à Madrid et déclare l’indépendance, il causera la disparition effective de la Generalitat (le pouvoir exécutif de Catalogne)». La situation est toutefois réversible, mais à une seule condition: si, d’ici vendredi 27 (le jour où le sénat espagnol prendra officiellement les manettes de la situation en Catalogne), Puigdemont convoque des législatives anticipées, Madrid stoppera immédiatement les effets de l’article 155 ; dans le cas contraire, le pire est à craindre.


Les Catalans insistent

Carles Puigdemont a vite réagi. Le président de l'exécutif catalan a qualifié les mesures prises par le gouvernement espagnol d'«illégales et "inacceptables"».

Pour Carles Puigdemont, Madrid «se place hors de l'Etat de droit». La décision de Mariano Rajoy représente «la pire atteinte contre les institutions et le peuple de Catalogne depuis la dictature militaire de Francisco Franco», s'est-il indigné. (AFP)

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