Madrid poursuit sa mise sous tutelle de la Catalogne, en prenant les rênes du gouvernement et de la police de la région, au lendemain d’une déclaration d’indépendance sans précédent du parlement régional, largement rejetée en Europe. A la mi-journée, à Madrid, plusieurs milliers de partisans du maintien de la Catalogne en Espagne ont manifesté dans le centre-ville, brandissant des drapeaux espagnols.

Dans une intervention télévisée, en début d'après-midi, le président destitué de l'exécutif catalan a appelé à une «opposition démocratique» à la prise de contrôle de la catalogne par le gouvernement central. Carles Puigdemont a promis de continuer «à oeuvrer pour construire un pays libre» .

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Le drapeau jaune et rouge continue de flotter aux côtés du drapeau catalan sur le palais du gouvernement régional à Barcelone, où le calme règne, les badauds ayant remplacé les manifestants indépendantistes de la veille. La sécurité a été drastiquement renforcée aux abords de la préfecture, symbole de l’Etat central en Catalogne.

Dès l’aube, le journal officiel annonçait la destitution du chef de la police catalane, l’emblématique Josep Lluis Trapero, déjà sous le coup d’une enquête pour «sédition».

150 hauts responsables administratifs bientôt démis de leur fonction

Le ministère de l’Intérieur a pris le contrôle de la police locale et le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy est devenu la première autorité en Catalogne, explique le quotidien. Aussi, près de 150 hauts responsables de l’administration catalane seront démis de leur fonction.

La gestion quotidienne de la Catalogne est déléguée à la numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, qui prend la place de l’indépendantiste Carles Puigdemont, destitué vendredi soir avec son équipe.

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Le parquet général engagera la semaine prochaine des poursuites pour «rébellion» contre Carles Puigdemont, qui risque la prison. Cette accusation est une «blague absolue. Le délit de rébellion exige un soulèvement public et violent» pour être constitué, a déclaré à l’AFP l’avocat du dirigeant catalan Jaume Alonso Cuevillas.

Elections convoquées le 21 décembre

La mise sous tutelle de la Catalogne, au titre d’un article de la Constitution jamais utilisé auparavant, a été enclenchée par Madrid quelques heures seulement après la proclamation vendredi par le parlement catalan de «la République catalane». Outre la destitution de l’exécutif catalan, Mariano Rajoy a convoqué des élections pour le 21 décembre, présentées comme un moyen de sortir l’Espagne de sa pire crise politique depuis son retour à la démocratie en 1977.

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«Ce que nous voulons c’est l’interdiction des partis sécessionnistes. Car s’ils se présentent de nouveau aux élections, ils dirigeront la Catalogne et tout recommencera», affirmait une manifestante opposée aux indépendantistes à Madrid, Candida Jimenez, ancienne fonctionnaire de la police municipale de la capitale, munie d’une banderole «Non à l’impunité des putschistes». Convoquer des élections «est une honte. C’est prolonger le problème de deux mois», estime également Carlos Fernandez, 41 ans.

A Barcelone, l’inquiétude

A Barcelone, dans des rues vides comme un lendemain de fête, l’inquiétude est dans l’air. «Je suis content à 10% que l’indépendance ait été déclarée, mais à 90% je pense que ça va mal se passer, car l’autre partie n’écoute pas», craignait Juan Rosset, retraité de 74 ans. Les conséquences de la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, territoire grand comme la Belgique où vivent 16% des Espagnols, sont incalculables, tout comme celles de la mise sous tutelle par Madrid.

Signe de l’inquiétude en Europe, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (conservateur du Parti Populaire européen) a souligné vendredi que l’UE n’a «pas besoin d’autres fissures», tandis que les grandes capitales occidentales annonçaient soutenir l’unité de l’Espagne. Cependant, le président du Conseil européen Donald Tusk a appelé Madrid à choisir «la force de l’argument plutôt que l’argument de la force», alors que beaucoup craignent que la Catalogne ne soit entraînée dans une spirale de troubles.

La réponse du gouvernement permet de «donner la parole aux citoyens, avec les garanties démocratiques», a déclaré le numéro deux du Parti Populaire de Mariano Rajoy, Javier Maroto. Le petit parti d’extrême gauche indépendantiste CUP affirmait qu’il ne se «soumettrait pas» à la mise sous tutelle.