L’Union Européenne doit impérativement s’organiser pour lutter contre la pandémie du crime organisé. Lors d’un colloque organisé au Parlement européen par le groupe socialiste, plusieurs magistrats et spécialistes de la lutte anti-mafia ont exhorté la Commission à prendre au plus vite des mesures pour combattre les crimes transfrontaliers.

Deux d’entre elles sont jugées prioritaires: la proposition d’une directive communautaire sur la saisie des biens mafieux, et la reconnaissance au niveau de l’UE du crime « d’appartenance mafieuse » édité par l’article 416 bis du code pénal Italien. Lequel permet d’appréhender des suspects pour leur appartenance à une organisation impliquée dans le crime organisé, sans toutefois les lier directement à un délit particulier.

La question de la saisie des biens mafieux, et de leur redistribution aux entités territoriales menacées par ces groupes criminels, a été défendue avec émotion par plusieurs personnalités dont Calogero Parisi, responsable d’une coopérative en Sicile. Pour ce dernier, la clef de la réussite anti-mafia est de parvenir à couper les ponts entre la jeunesse déshéritée d’une région et les gangs qui trustent toutes les perspectives d’emploi et les possibilités d’accès au crédit. La Commission européenne a confirmé qu’elle présenterait bientôt un texte allant dans ce sens, sur lequel le parlement européen disposer d’un pouvoir de codécision. Fait symbolique: cette proposition législative sera la première à utiliser le mot « mafia », jusque-là encore tabou au sein des institutions communautaires.

L’autre revendication des magistrats est celle d’une reconnaissance commune du crime d’appartenance mafieuse. Le procureur adjoint de Palerme, Vittorio Teresi, a rappelé combien il était aujourd’hui difficile d’obtenir l’extradition de suspects condamnés pour ce délit en Italie, car la plupart des autres pays de l’Union ne le reconnaissent pas. « Nous nous trouvons face à des criminels de hauts rangs qui donnent des ordres pour tuer, vendre de la drogue, racketter ou exploiter des femmes et nous ne parvenons pas à obtenir leur interpellation lorsqu’ils se trouvent à l’étranger ». Les experts présents ont redit que quatre clans mafieux italiens opèrent désormais dans toute l’UE à partir de leur région d’origine: la Camora Napolitaine, la Ndrangheta calabraise, Cosa Nostra en Sicile et la Sacra Corona Unita de la région des Pouilles.

La coopération judiciaire avec la Suisse, bien que celle-ci n’appartienne pas à l’UE, a été saluée par l’ancien coordinateur italien anti racket Tano Grasso et par le procureur Teresi, habitués à transmettre des demandes d’information judiciaires au parquet de Lugano. Plus problématique en revanche est la collaboration avec le Royaume-Uni, dont le système juridique conserve de nombreuses failles: « Une implication croissante de l’exécutif communautaire est nécessaire a plaidé le magistrat sicilien. Chaque trou dans notre dispositif européen est exploité par les mafieux »