En visite depuis deux jours dans la bande de Gaza, le nouveau «numéro un» palestinien Mahmoud Abbas poursuit ses contacts avec les branches locales des services de sécurité ainsi qu'avec les treize organisations politiques ayant pignon sur rue et les factions autonomes. A priori, ces discussions semblent produire des résultats puisque le Djihad islamique et les «Brigades Yasser Arafat» (la nouvelle appellation des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa) se sont engagés à interrompre la préparation d'attentats-suicides à l'intérieur d'Israël durant soixante jours. C'est-à-dire jusqu'aux élections présidentielles du 9 janvier prochain.

«Nous ne voulons pas être accusés de saboter la démocratie palestinienne et nous voulons laisser une chance à la nouvelle direction de l'AP», a affirmé la direction clandestine du Djihad islamique dans un tract diffusé en Cisjordanie. Quant au commandant des Brigades Yasser Arafat de Jénine, Zacharia al Zoubeidi, il a accordé son soutien «provisoire» à Mahmoud Abbas jusqu'au 9 janvier.

Certes, pour l'heure, le Hamas n'a pas encore donné de réponse concrète aux propositions de la nouvelle direction palestinienne. Mais celle-ci dépend de la direction politique de l'organisation basée à l'étranger ainsi que de la participation ou non d'un candidat islamiste à la campagne électorale. Quoi qu'il en soit, la plupart des chroniqueurs israéliens et palestiniens sont persuadés que le Hamas réduira le rythme de ses attaques jusqu'en janvier.

Port d'arme interdit

Pour la première fois depuis le déclenchement de l'Intifada (octobre 2000), l'AP a en tout cas interdit à quiconque de porter une arme dans la rue, à l'exception des membres de ses services de sécurité qui sont, eux-mêmes, soumis à une autorisation israélienne. Cette mesure décidée par Mahmoud Abbas et par le premier ministre Ahmad Qoreï reste cependant symbolique puisque la police palestinienne est incapable de la faire respecter sur le terrain. Pourtant, elle a été accueillie favorablement par l'entourage d'Ariel Sharon qui s'est, lui aussi, déclaré «prêt à favoriser l'organisation des prochaines élections palestiniennes».

De quelle manière? Le cabinet n'a encore rien décidé, mais l'état-major a été prié d'étudier la levée de certains barrages dressés sur les routes de Cisjordanie, le retrait de Tsahal (l'armée) du centre ou des banlieues des villes palestiniennes sauf Naplouse et Jénine. De passage aux Etats-Unis, où il a rencontré le secrétaire d'Etat démissionnaire Colin Powell avant son voyage à Jérusalem et à Ramallah la semaine prochaine, le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, a pour sa part affirmé qu'il n'y aurait pas de changement important sur le terrain «tant que l'AP n'aura pas démontré qu'elle combat sérieusement le terrorisme».

En attendant, les responsables israéliens cachent mal leur embarras devant les rumeurs circulant dans les territoires palestiniens et accusant le Mossad d'avoir «empoisonné Yasser Arafat». A tort ou à raison, les services de sécurité de l'Etat hébreu estiment en effet que ces bruits a priori sans fondement pourraient pousser l'un ou l'autre isolé à vouloir «venger le raïs» en commettant un acte qui interromprait la campagne électorale palestinienne ainsi que le fragile dégel en cours. Voilà pourquoi les renseignements de l'Etat hébreu suivent de près les tentatives de Mahmoud Abbas et de Ahmad Qoreï de se faire transmettre le dossier médical du président défunt par la France mais sans se faire d'illusions quant au résultat de ces demandes.