Mahmoud Abbas, dit Abou Mazen, que la plupart des responsables palestiniens désignent comme le successeur probable de Yasser Arafat, est sans aucun doute l'homme du consensus. Le cheveu poivre et sel, une fine moustache bien taillée, un regard attentif derrière le verre de ses lunettes, il ressemble plus à un notaire ou un homme d'affaires qu'à l'image que l'on se fait en Orient d'un vieux routier de la politique.

Abou Mazen est un apparatchik, qui a gravi tous les échelons de la hiérarchie du Fatah. Il a fait des études universitaires à Moscou et rédigé un mémoire sur «l'histoire du sionisme». Il est aussi auteur d'un livre révisionniste contestant le chiffre de 6 millions de victimes juives de l'Holocauste.

Mais l'Abou Mazen des années 90 n'est plus celui des années 1980. En prenant de l'âge, il est devenu pragmatique. Il a renoncé à la grande Palestine, pour tirer un diagnostic lucide, quasi clinique, mais passablement sombre, de la situation du peuple palestinien.

C'est ainsi qu'il a poussé Arafat à prendre langue avec les dirigeants de la droite israélienne et à se rapprocher des Etats-Unis. C'est lui aussi qui a déclaré dernièrement ne pas pouvoir tolérer d'activités terroristes dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne même en cas d'arrêt du processus de paix.

Pourtant, Abou Mazen s'affirme persuadé que le processus de paix survivra aux hésitations de Benjamin Netanyahou, comme aux tentatives des islamistes du Hamas de le faire exploser. Le règlement du conflit israélo-palestinien passe, à son avis, par la séparation des deux peuples, selon le principe du chacun chez soi. «Quand viendra le moment de remplacer Arafat – par exemple en cas de décès – l'unique solution sera d'aller aux urnes», insiste-t-il.

S. R.