«La violence nous fait passer pour des terroristes aux yeux du monde et elle sert la propagande israélienne.» Quarante-huit heures avant la fin de sa campagne, le candidat du Fatah, Mahmoud Abbas, est passé à la vitesse supérieure en ratissant les derniers petits villages de Cisjordanie qui n'avaient pas encore reçu sa visite durant les trois semaines écoulées.

Beaucoup plus conciliant que durant sa visite de la bande de Gaza – il évoquait alors l'«ennemi sioniste» en parlant de l'Etat hébreu –, le leader de l'OLP a de nouveau appelé à la reprise de négociations de paix immédiatement après la proclamation des résultats du scrutin. Une déclaration fort appréciée à Jérusalem. Les dirigeants israéliens avaient menacé de «réévaluer leur position à l'égard d'Abbas» après l'avoir entendu promettre de ne jamais utiliser les armes pour remettre au pas les milices autonomes de la bande de Gaza qui ont, ces derniers jours, multiplié les tirs de roquettes artisanales Kassam sur les colonies juives ainsi que sur certains villes et villages situés à l'intérieur de l'Etat hébreu.

La plupart des commentateurs ayant suivi la campagne au jour le jour sont persuadés que les dés sont jetés et que Mahmoud Abbas a de fortes chances de devenir le prochain raïs. Un pronostic d'autant plus facile à réaliser que les dizaines de sondages publiés depuis la mi-novembre 2004 l'ont toujours donné gagnant. Avec 45% des intentions de vote au début de la campagne, puis 65%, avant de retomber à 58,5% au début de la semaine. «Abbas a besoin de réaliser un score plus important pour asseoir rapidement son autorité et détenir une légitimité lui permettant d'entamer des discussions avec Ariel Sharon, estime le politologue palestinien Ibrahim Tamimi. Le problème n'est donc pas de savoir s'il va être élu, mais plutôt avec quel résultat et sur la base de quel taux de participation.»

Face au candidat du Fatah, celui «de la société civile», Moustafa Barghouti, était crédité d'environ 15% des intentions de vote au début de sa campagne. Il est passé à 22% puis à 28,5%. Ce qui est honorable. Malgré ses discours officiels, cet ex-communiste diplômé en médecine de l'Université Patrice-Lumumba (Moscou) sait qu'il n'a pas la moindre chance d'être élu. Mais telle n'est pas son ambition. En fait, jusqu'à ces dernières semaines, Barghouti n'était connu que des correspondants de la presse étrangère et de quelques intellectuels basés à Ramallah. Grâce à une campagne rondement menée dans laquelle il a autant dénoncé «la corruption de la clique au pouvoir à Ramallah» que le mur de séparation, il a acquis une véritable stature sur la scène politique palestinienne. En outre, il a positionné l'Initiative politique nationale (le parti qu'il vient de créer) en rival direct du Fatah dans la perspective des élections législatives de mai 2005. Un scrutin grâce auquel Barghouti espère devenir leader de l'opposition progressiste à la politique de Mahmoud Abbas.

Selon la Commission électorale palestinienne, près de 70% du 1,8 million de Palestiniens en âge d'aller voter se seraient fait recenser sur les listes électorales. Ce qui signifie que le taux d'abstention sera probablement faible malgré les appels au boycott du processus lancés par le Hamas et par le Djihad islamique. Paradoxalement, c'est à Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville) que l'abstention sera sans doute la plus massive. Parce que les candidats n'ont pas pu y mener leur campagne comme ils le voulaient (Abbas et Barghouti ont reçu l'autorisation de s'y rendre, mais à la condition de ne pas aller prier sur l'esplanade des Mosquées) et que ceux qui s'en approcheraient redoutent des ennuis avec les services de sécurité de l'Etat hébreu. Quant aux 7000 prisonniers palestiniens détenus en Israël, leur requête visant à pouvoir participer à l'élection du futur président de l'AP a été rejetée jeudi. A titre exceptionnel, ils ont toutefois été autorisés à suivre le décompte des voix à la télévision.