«La Palestine est en train de renaître, c’est le message que je porte aujourd’hui.» C’est par ces mots que le président Mahmoud Abbas a conclu vendredi son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, au terme d’une matinée historique à New York. Une demi-heure plus tôt, à 11 h 45 précises (heure américaine), malgré les énormes pressions subies de toutes parts, le raïs avait remis au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, une large enveloppe blanche contenant sa demande officielle pour faire de la Palestine le 194e Etat membre des Nations unies. Une initiative attendue par tout un peuple, et qui intervient soixante-trois ans après la reconnaissance d’Israël dans cette même enceinte.

Prenant la parole devant l’Assemblée générale, sous des applaudissements nourris, Mahmoud Abbas s’est dit prêt à revenir «immédiatement à la table des négociations», sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale, et à la condition d’un gel total de la colonisation. Justifiant sa décision de déposer sa demande d’adhésion à l’ONU, le leader palestinien a affirmé que tous les efforts déployés jusque-là pour essayer de trouver une solution négociée au conflit israélo-palestinien avaient échoué du fait de «l’intransigeance» de l’Etat hébreu. «La politique de colonisation israélienne est la seule responsable de l’échec continu de la communauté internationale à essayer de sauver le processus de paix», a-t-il lancé. «Le temps est venu pour mon peuple fier et courageux […] de vivre comme tous les autres peuples du monde, libre sur une terre souveraine et indépendante», a ajouté le président palestinien, avant d’appeler les nations à soutenir sa reconnaissance à l’ONU.

Intervenant quelques minutes plus tard, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a assuré qu’Israël voulait tendre la main aux Palestiniens pour rechercher la paix. Mais il a aussitôt ajouté que ces derniers refusaient de négocier et a posé lui aussi ses conditions, en affirmant que c’était la sécurité de son pays qui était en jeu. «Les Palestiniens devraient d’abord faire la paix avec Israël, et ensuite avoir un Etat», a estimé «Bibi» Netanyahou, accusant Mahmoud Abbas de ne pas être prêt à reconnaître l’Etat d’Israël, «dans quelques frontières que ce soit». Netanyahou a maintenu son rejet de la demande d’adhésion palestinienne à l’ONU, en soulignant «qu’un bout de papier ne changerait rien». Avant d’inviter Mahmoud Abbas à le rencontrer plus tard à New York.

La démarche de Mahmoud Abbas souligne en réalité l’impuissance de Washington et de la communauté internationale à faire reculer le leader palestinien. Depuis plusieurs jours, la délégation américaine a répété qu’aucune solution au conflit au Proche-Orient n’était possible sans une reprise des négociations avec Israël. Mercredi, Barack Obama avait parlé d’«un raccourci illusoire» en évoquant la demande de reconnaissance palestinienne, et confirmé qu’il y opposerait son veto au Conseil de sécurité.

Hier, toutefois, plusieurs diplomates estimaient qu’il restait «une place pour le compromis, au vu des discours des deux camps et même si beaucoup reste à faire». D’ores et déjà, l’entourage de Mahmoud Abbas a expliqué que, une fois rentré à Ramallah, ce dernier «allait étudier toutes les options lors d’une réunion avec la direction palestinienne, notamment l’initiative présentée par le président Nicolas Sarkozy». Le chef de l’Etat français a proposé d’accorder à la Palestine le statut intermédiaire «d’Etat observateur» à l’ONU, similaire à celui du Vatican, tout en se prononçant pour la reprise des négociations israélo-palestiniennes d’ici à un mois. Un statut qui s’obtient par un vote – garanti – de l’Assemblée générale, et permettrait d’éviter la confrontation inévitable au Conseil de sécurité.

Pour l’instant, en tout cas, la délégation palestinienne a précisé à New York qu’elle «donnerait du temps» au Conseil de sécurité pour examiner sa demande, avant «d’étudier les alternatives». Ban Ki-moon a transmis la lettre palestinienne dans l’après-midi au Liban, qui assure la présidence du Conseil, mais un vote n’est pas attendu avant plusieurs semaines. De fait, la communauté internationale espère bien profiter de ce laps de temps pour convaincre Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou de se ras­seoir à la table des négociations, malgré les tensions. «C’est le moment de vérité, et mon peuple attend de connaître la réponse du monde», a encore affirmé Mahmoud Abbas à la tribune de l’ONU. «Sommes-nous un peuple dont personne ne veut ou êtes-vous prêts à nous accueillir dans le concert des nations?»