Accueil minimal pour les réfugiés syriens

Syrie Les pays voisins appellent à partager l’énorme fardeau qui pèse sur eux

Pour les réfugiés syriens, la communauté internationale est prête à mettre la main à la poche, mais beaucoup moins à ouvrir ses frontières. On a encore pu le vérifier mardi à Genève lors d’une conférence ministérielle convoquée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Depuis février, l’agence onusienne cherche 130 000 places d’accueil d’ici à la fin de l’année 2016 afin de soulager les pays voisins de la Syrie. Au terme de la conférence d’hier, le HCR estime qu’il a obtenu des promesses pour 100 000 places. «Ce n’est pas la fin du processus, mais le début», a insisté le haut-commissaire Antonio Guterres. Car l’objectif, même minimal, n’est pas atteint.

Selon les chiffres du HCR, le Liban, la Turquie, la Jordanie, l’Irak et l’Egypte hébergent 3,2 millions de réfugiés. Le HCR estime que 10% d’entre eux ont besoin d’être réinstallés à l’étranger, soit plus du double des 130 000 personnes envisagées pour l’instant. Il s’agit de personnes traumatisées par ce qu’elles ont vécu, qui nécessitent des soins médicaux qu’elles ne peuvent obtenir dans les pays limitrophes de la Syrie, ou de femmes seules avec des enfants.

Manque d’eau en Jordanie

«La Jordanie tente de répondre aux besoins de 1,4 million de Syriens, dont moins de la moitié sont officiellement enregistrés comme réfugiés», a expliqué à la tribune Hussein Majali, le ministre de l’Intérieur du Royaume hachémite. La grande majorité des Syriens sont installés en dehors des camps de réfugiés mis en place par le HCR. Cela met «une pression sans précédent sur nos ressources et nos services», a poursuivi le Jordanien. Antonio Guterres acquiesce: «Je me souviens d’une visite en Jordanie. Il y avait des coupures d’eau dans la capitale Amman mais pas dans le camp de Zaatari. Cet exemple montre toute la générosité de votre gouvernement.» Le haut-commissaire a aussi remercié le Liban, la Turquie, l’Irak et l’Egypte.

Mais les ministres ont martelé qu’ils voulaient davantage que des mesures «symboliques». «130 000 réfugiés réinstallés à l’étranger? Ces deux prochaines années, il naîtra autant d’enfants de réfugiés syriens au Liban», a relativisé Rachid Derbas, le ministre libanais des Affaires sociales.

A Genève, 28 pays, en majorité européens, ont promis de réinstaller des réfugiés identifiés par le HCR. Les pays les plus généreux restent les Etats-Unis, la Suède et l’Allemagne.

Pas de nouveau geste suisse

Pour le reste, la plupart des officiels ont réitéré des gestes déjà annoncés. C’est le cas de la Suisse, qui n’a pris aucun engagement supplémentaire. Elle avait déjà accepté un contingent de 500 réfugiés du HCR. A ce jour, 168 personnes sont déjà arrivées. L’an dernier, Berne avait accordé 4200 visas pour des Syriens qui avaient déjà de la famille en Suisse. «En tout, nous avons accueilli 10 000 réfugiés syriens, qui ont obtenu l’asile, qui ont été admis provisoirement ou dont la demande est examinée», détaille Alexandre Fasel, l’ambassadeur helvétique auprès des Nations unies.

Disant tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont estimé qu’il était plus judicieux de fournir une aide sur place. Etant donné qu’il est impossible d’accueillir tout le monde. Pour l’année prochaine, l’ONU a lancé un appel de 16,4 milliards de dollars pour couvrir les besoins humanitaires dans le monde, dont la moitié pour la crise syrienne. Mais les fonds manquent déjà, comme en témoigne la récente suspension de l’aide alimentaire à 1,7 million de réfugiés syriens dans la région. Un service qui a pu reprendre hier, grâce à une récolte de fonds via les réseaux sociaux.