Royaume-Uni

Le maire de Londres, un symbole multiculturel que déteste Donald Trump

Après les attentats, le président américain s’en est pris au maire musulman de la capitale britannique en interprétant étrangement ses propos

Le geste est probablement sans précédent. Le président des Etats-Unis a décidé de s’en prendre directement au maire d’une grande ville qui venait d’être touchée par le terrorisme. Non pas une fois, mais deux fois, alors même que la saillie est basée sur une information erronée.

L’attentat de London Bridge avait eu lieu seulement quatorze heures plus tôt quand Donald Trump a envoyé dimanche la première salve. Utilisant son arme favorite, Twitter, il a écrit: «Au moins sept morts et 48 blessés dans l’attentat et le maire de Londres dit qu’il «n’y a pas de raison de s’alarmer.»

Deux salves

Sadiq Khan, un travailliste élu à la tête de la capitale britannique en mai 2015, a effectivement prononcé les mots cités par le président américain, mais dans un contexte complètement différent. Dans son message juste après les attentats, il condamnait fermement les terroristes, avant d’ajouter: «Les Londoniens vont voir une présence de police plus importante aujourd’hui et dans les prochains jours. Il n’y a pas de raison de s’alarmer.» Rien à voir avec une quelconque minimisation de l’attentat, donc.

Une version charitable des événements pourrait être que Donald Trump avait mal compris les propos de Sadiq Khan. Mais le président américain a décidé le lendemain de repartir à l’attaque, toujours sur son site de gazouillis préféré. Selon lui, le maire de Londres a avancé une «excuse pathétique» pour essayer de se justifier.

Mais pourquoi tant d’agressivité envers le maire de la capitale de son plus proche pays allié, juste après un attentat? Serait-ce parce que Sadiq Khan est le symbole parfait de l’islam modéré, à la tête d’une ville qui célèbre le multiculturalisme? Qu’il a publiquement condamné la tentative du président américain de bloquer l’immigration musulmane?

Soutien des Londoniens

Le maire de Londres est un fils d’immigrés pakistanais, qui a grandi dans le sud de la capitale. Il n’a jamais caché sa religion, qu’il pratique, mais il la met peu en avant. Lors de sa campagne électorale l’an dernier, il préférait rappeler que son père était chauffeur de bus, choisissant le symbole de son ascension sociale plutôt que sa foi.

Son adversaire, le conservateur Zac Goldsmith, avait bien tenté d’utiliser la carte de l’islamisme. Il avait condamné les liens que Sadiq Khan aurait eus avec des «extrémistes», soulignant que ce dernier s’était affiché aux côtés d’un imam ultra-conservateur et homophobe lors d’une conférence. La manœuvre politique a eu l’effet inverse: sentant la manipulation, les Londoniens ont élu en masse le maire musulman.

Depuis, Sadiq Khan met en avant le multiculturalisme de Londres. C’était encore le cas ce lundi soir, lors d’une veillée en hommage aux victimes de l’attentat. Condamnant «l’attaque barbare» de samedi, se déclarant «musulman britannique fier et patriote», le maire lançait un message aux terroristes: «Nous vaincrons, vous ne gagnerez pas. […] Vous ne réussirez jamais à diviser notre cité.»

«Ce que vous faites est formidable»

Les milliers de Londoniens venus se recueillir confirmaient ses propos par leur seule présence. Les membres d’une mosquée étaient venus en force, arborant des banderoles «pas en notre nom». David Bloxham, un grand gaillard barbu, qui avait mis une cravate noire et une rose noire à la boutonnière, s’est arrêté à leur vue. «C’est formidable ce que vous faites. Il faut qu’on montre qu’on est tous ensemble.»

Sadiq Khan a pour l’instant évité de répliquer directement à Donald Trump. Interrogé sur Channel 4, il soupire: «Ecoutez, depuis samedi, je travaille avec la police, les services d’urgence, le gouvernement, pour m’occuper de cette attaque horrible. Je n’ai juste pas le temps de répondre à des tweets de Donald Trump.» Il réitère cependant son opposition à la visite d’Etat du président américain au Royaume-Uni, que souhaite organiser la première ministre Theresa May. Celle-ci a invité Donald Trump à cette visite très protocolaire, qui inclut une traversée de Londres en carrosse et un banquet au palais de Buckingham. «Je ne crois pas qu’il faille dérouler le tapis rouge à un président des Etats-Unis dont les politiques s’opposent à tout ce que l’on croit.»

Dans cette affaire, Theresa May se retrouve dans une position alambiquée. Elle courtise assidûment Donald Trump dans l’espoir d’obtenir un accord de libre-échange avec les Etats-Unis après le Brexit. Elle refuse donc de condamner les propos du président américain, tout en se disant solidaire des déclarations de Sadiq Khan. Des contorsions inaudibles pour les Londoniens présents à la veillée d’hommage lundi soir, qui avaient unanimement choisi leur camp.


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