Le maire de Saint-Gervais est en colère. Via les réseaux sociaux, il vient d’alerter les pouvoirs publics et les citoyens «sur les hurluberlus de la montagne qui confondent Mont-Blanc et parc d’attractions». «Aux frais du contribuable puisqu’il faut secourir ces inconscients en hélicoptère, service qui, rappelons-le, est gratuit en France», indique-t-il.

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Dernier épisode en date: samedi 5 août, un couple de Hongrois gravit le Mont-Blanc avec ses jumeaux de 9 ans chargés de sacs d’au moins 12 kg. Ils sont arrivés épuisés au refuge du Goûter à 3800 mètres et ont dû faire appel à un hélicoptère pour redescendre dans la vallée. Autre épisode: un Autrichien a été retrouvé sur le glacier de la Tête-Rousse (3200 m) avec son fils de 5 ans chaussé d’espadrilles. Il voulait battre le record du monde du plus jeune alpiniste au sommet du Mont-Blanc. Jean-Marc Peillex a porté plainte pour mise en danger d’autrui mais la procédure n’a pas abouti et l’Autrichien a pu s’en aller avec son fiston en espadrilles, sans être amendé ni même payer le retour à Chamonix par les airs.

Humilité et respect

En 2014, un Américain a voulu lui aussi battre ce record en faisant gravir le Mont-Blanc à ses enfants de 9 et 11 ans dans le cadre d’un tournage d’une émission de téléréalité de la chaîne ABC News. Il les a filmés alors qu’une coulée de neige les a entraînés à une dizaine de mètres en contrebas (voir la vidéo ci-dessous).

«Ces derniers jours, c’est une société d’événementiel qui, sous le couvert d’une opération humanitaire, a sollicité mon autorisation pour organiser le 22 août un ultratrail avec assistance médicale et surveillance de l’itinéraire par des guides, notamment sur le tracé du couloir du Goûter. J’ai évidemment refusé» précise Jean-Marc Peillex. Il enchaîne: «Le Mont-Blanc n’est ni Disneyland, ni la Foire du Trône, encore moins une machine à fric. C’est un sommet à gravir avec humilité et respect, en étant ou bien entraînés ou entourés de guides de haute montagne.»

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L’élu se veut clair: nulle intention de sa part de clouer au sol les hélicoptères «puisque la mission est de secourir mais nous avons parfois le sentiment que des gens en profitent pour s’offrir un petit tour dans les airs gratuit».

Modèle italien cité en exemple

Le système suisse séduit l’édile haut-savoyard mais il ne souhaite cependant pas que la France emprunte la même voie. La Rega, par exemple, facture 87 francs la minute, tarif en vigueur depuis vingt ans, «et nos 3,3 millions donateurs couvrent 60% des coûts globaux, ce qui permet à notre Fondation qui ne touche aucune subvention de l’Etat d’accomplir ses quelque 15 000 missions par année» précise Olivier Rappaz, le porte-parole.

Jean-Marc Peillex préfère prendre pour modèle le système italien, qui correspond mieux à l’idée qu’il se fait de la gestion des secours. «A Courmayeur, lorsque l’hélicoptère se pose un médecin et un guide jugent s’il y a eu ou non abus. Si oui, il y a facturation. Voilà qui me semble un bon compromis» souligne-t-il.

Dissuasion nécessaire

Jean-Marc Peillex aime à rappeler qu’il y a six années de cela le refuge du Goûter s’était mué en un véritable terrain de camping, au mépris de la loi: «Nous avions posté là-haut un guide népalais pour prévenir les campeurs des dangers encourus mais tout le monde lui riait au nez. Le préfet de l’époque a eu alors la bonne idée d’y envoyer deux gendarmes qui ont verbalisé et depuis il n’y a plus de tentes.»

Il poursuit: «Je ne cherche pas à faire payer systématiquement mais il est prouvé que la menace sur le porte-monnaie est dissuasive.» Au moment où nombreux sont ceux qui appellent au classement du Mont-Blanc au patrimoine de l’Unesco, Jean-Marc Peillex affirme que doivent être établies au préalable «des règles de respect de ce site et de ceux qui y œuvrent pour secourir mais aussi des sanctions pour ceux et celles qui les transgressent». Jeudi dernier, l'édile a publié un arrêté à effet immédiat obligeant les alpinistes à porter un équipement adéquat sous peine d'amende. Le début du mois a été meurtrier sur le Mont-Blanc avec 5 morts et deux disparus.