La peur s’est de nouveau saisie des immigrés aux Etats-Unis. Sur la page Facebook de Telemundo, la chaîne télévisée la plus regardée par les familles latino-américaines, des centaines de témoignages et de prières se déversent depuis que Donald Trump a confirmé l’imminence de raids menés par les services de l’immigration pour arrêter et expulser des milliers de clandestins.

«Ils sont venus illégalement, nous les renvoyons légalement», a affirmé d’un ton monocorde le président américain vendredi, comme s’il s’agissait d’une banale opération de police. «C’est très simple», s’est-il permis d’ajouter. Depuis dimanche, les agents fédéraux vont frapper aux portes dans neuf grandes villes américaines, avec l’objectif de déporter 2000 familles de clandestins déjà visées par des avis d’expulsion.

«La déportation est une menace de mort»

Annoncées deux fois en juin puis annulées à la dernière minute, ces opérations qui s’annoncent sèment la panique chez les sans-papiers aux Etats-Unis, dont le nombre est estimé à 10,5 millions. «Pour de nombreuses familles qui sont venues ici en tant que réfugiés afin de fuir la violence, la déportation est une menace de mort», avance Donna Lieberman, la directrice de la New York Civil Liberties Union, une organisation américaine de défense des droits de l’homme. Elle assure que ses équipes «vont se battre pour s’assurer que personne n’aura à affronter ce genre de danger sans être passé devant un tribunal».

Pour ces opérations, l’administration Trump se focalise sur des grandes villes réputées pour leur bienveillance à l’égard des migrants, en général gérées par des démocrates. A New York, Los Angeles ou Houston, les forces de police ont pour consigne de ne jamais remettre aux services de l’immigration une personne sans papiers qu’elles auraient arrêtée. Ces «sanctuaires» font enrager le président américain, qui menace de couper leurs subventions fédérales depuis son arrivée au pouvoir. «Les intimidations du président Trump n’y changeront rien, lui a rétorqué Bill de Blasio, maire de New York et candidat démocrate à la présidentielle. Nous resterons une ville d’accueil des immigrés, qui ont aidé à faire de notre ville la grande métropole la plus sûre du pays.»

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour repousser au maximum tout ce que fait l’administration Trump

Lori Lightfoot, maire de Chicago

Depuis les premières rumeurs d’arrestations massives de clandestins à la mi-juin, les élus de ces grandes villes sont montés en première ligne pour rassurer leurs administrés. La semaine dernière, la maire de Chicago, Lori Lightfoot, fustigeait «ces menaces de raids qui obligent nos habitants à se cacher dans l’ombre, à vivre dans la peur constante et à ne pas se rendre à l’école ou au travail». Lors d’une conférence de presse jeudi, elle a expliqué avoir personnellement demandé aux dirigeants des services de l’immigration basés à Chicago de ne pas intervenir. «Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour repousser au maximum tout ce que fait l’administration Trump», assure l’élue démocrate.

Comme Denver, Atlanta et d’autres villes sanctuaires, Chicago a mis en place un fonds municipal pour l’aide juridique aux immigrés. Le maire de Baltimore, Bernard Young, a encouragé toutes les personnes arrêtées lors des raids anti-migrants à recourir à cet argent. A Los Angeles, une ligne téléphonique gratuite a été installée pour les migrants, avec au bout du fil 300 avocats mobilisables dans l’instant. Des conseillers juridiques ont aussi pris place à l’entrée des centres de détention pour migrants, afin d’aider ceux qui n’auraient pas pu téléphoner.

Distribution de prospectus

En matière d’aide juridique, New York va encore plus loin et propose un service de défense gratuit pour les familles sans-papiers depuis 2013. Cela fait plusieurs semaines que la ville distribue des prospectus avec des conseils juridiques à respecter en cas d’intervention des agents de l’immigration. Ne pas ouvrir la porte figure tout en haut de la liste, un mandat d’arrêt étant requis pour pénétrer chez quelqu’un aux Etats-Unis. Il est aussi conseillé de ne pas fuir, de ne pas montrer de faux papiers d’identité ou tout simplement de garder le silence.

Malgré leurs paroles apaisantes, de nombreux maires avouent leur abattement face à la situation. Sur CNN vendredi, la maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms, faisait part «de la difficulté de se comporter en leader dans ces moments-là; nous aussi nous sommes perdus dans les informations contradictoires». L’édile démocrate de 49 ans s’interrogeait: «Comment rassurer nos communautés lorsque nous sommes face à l’inconnu, avec un président imprévisible qui nous informe via Twitter?»

Finalement, la seule ville sanctuaire qui se trouve à l’abri de ces raids d’arrestation est La Nouvelle-Orléans, confrontée à des inondations impressionnantes. Les opérations des services d’immigration sont mises en pause, mais seulement pour quelques jours, le temps que la tempête tropicale Barry ait passé son chemin.