Etats-Unis

La Maison-Blanche aurait tenté d'étouffer l'affaire ukrainienne

Alors que le président américain est visé par une procédure d'impeachment pour avoir sollicité l'ingérence de l'Ukraine dans la présidentielle de 2020, des détails, troublants, sur le coup de fil passé entre Donald Trump et son homologue urkrainien surgissent. Des républicains vont-ils finir par lâcher leur champion?

L’affaire prend des proportions incroyables. La Maison-Blanche a bien tenté de dissimuler le contenu d’une conversation entre Donald Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, en le rendant moins accessible. Alors que le président américain est désormais visé par une procédure d’impeachment, tant le lanceur d’alerte lié au Renseignement, à l’origine de la polémique, que le directeur ad interim du Renseignement national ont apporté des précisions, jeudi, sur ce coup de fil passé le 25 juillet. Un coup de fil qui est désormais entré dans l’histoire. Sur l’échelle de Richter du scandale politique, on frise le 9.

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Mercredi, la Maison-Blanche, sous pression, avait divulgué la transcription de l'échange téléphonique. Il y apparaît clairement que Donald Trump a bien demandé à son homologue d’enquêter sur Joe Biden, son rival politique, candidat démocrate à la présidentielle de 2020, et son fils Hunter, qui a travaillé pour une société gazière en Ukraine, pour des soupçons de corruption. A-t-il fait pression sur Volodymyr Zelensky en gelant dans un premier temps une aide militaire de près de 400 millions de dollars? Voilà qui constituerait un facteur aggravant. Le recours à une puissance étrangère pour interférer dans l’élection présidentielle de 2020 a déjà été jugé suffisamment inquiétant par les démocrates pour justifier le lancement d’une enquête en vue d’une procédure d’impeachment.

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Archives verrouillées

Le signalement du lanceur d’alerte – appelons-le X – va leur donner du grain à moudre. La dénonciation a été publiée jeudi matin. Elle fait 9 pages. Le document est daté du 12 août 2019 mais il n’a été transmis et divulgué par le Congrès que ce 26 septembre. X explique avoir été, dans le cadre de ses fonctions officielles, «informé par plusieurs responsables du gouvernement américain que le président des Etats-Unis utilisait les pouvoirs de sa fonction pour solliciter l’ingérence d’un pays étranger dans l’élection de 2020 aux Etats-Unis». Il ajoute: «Au cours des jours suivant l’appel, j’ai appris de la part de plusieurs fonctionnaires américains que de hauts responsables de la Maison-Blanche étaient intervenus pour «verrouiller» toutes les archives liées à l’appel téléphonique.»

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Puis: «Des responsables m’ont raconté qu’ils avaient été enjoints par les avocats de la Maison-Blanche [dont Rudy Giuliani, ex-maire de New York, ndlr], de retirer la transcription du système informatique où de tels documents sont d’ordinaire conservés.»Selon les dires de X, ces avocats ont exigé que la transcription de l’échange soit placée dans un système séparé, habituellement réservé aux informations jugées particulièrement sensibles, relevant de la sécurité nationale. Or le contenu n’a rien de problématique sur le plan de la sécurité nationale. Voilà qui semble confirmer que l’entourage de Donald Trump, conscient que cet échange est explosif, a tenté d’étouffer la polémique dans l’œuf. X est très clair: «Ces différents actes ont mis en évidence, à mes yeux, que des responsables de la Maison-Blanche comprenaient la gravité de ce qui s’était passé lors de cet appel.»

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X fait savoir que l’administration Trump aurait placé d’autres transcriptions d’échanges téléphoniques dans un système sécurisé «purement dans le but de protéger des informations politiquement sensibles, et non sensibles d’un point de vue de la sécurité nationale». Face à ces nouveaux éléments, Donald Trump continue de dénoncer «la pire chasse aux sorcières de l’histoire des Etats-Unis» et appelle les républicains à «se battre pour l’avenir du pays». La Maison-­Blanche parle de son côté d’«hystérie» des démocrates et le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, assure que les actions diplomatiques avec l’Ukraine ont été faites de manière «totalement appropriée».

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«Sans précédent»

L’autre moment fort de la matinée était l’audition de Joseph Maguire, directeur ad interim du Renseignement national depuis août. C’est lui qui a bloqué la transmission de la lettre de X, dont il affirme ne pas connaître l’identité (seul son inspecteur général serait au courant), au Congrès. Mal à l’aise, mais prenant la défense de X qui a «agi de bonne foi», il a déclaré que tout dans ce dossier est «sans précédent». Il a confirmé qu’il n’aurait pas accepté son poste s’il avait été au courant de l’affaire. Pourquoi donc a-t-il pris autant de temps avant de transmettre le signalement au Congrès? Sa réponse: «C’était urgent et important, mais mon travail en tant que directeur du Renseignement national était de me conformer à la loi sur la protection des whistleblowers.» Il a assuré qu’il ne s’opposerait pas à ce que X soit auditionné.

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Ce n’est pas la première fois qu’une conversation de Donald Trump fait l’objet d’une fuite. Il y a eu deux précédents, des échanges téléphoniques avec le président mexicain et le premier ministre australien. La conversation du 25 juillet aurait été écoutée par environ 12 personnes (X n’en faisait pas partie), ce qui fait autant de suspects potentiels. La chasse à la taupe va battre son plein à la Maison-Blanche, des têtes vont probablement tomber, mais l’essentiel n’est pas là. La question désormais est la suivante: des lézardes vont-elles finir par apparaître dans le mur républicain qui fait bloc autour du président? Pour rappel, une destitution de Donald Trump n’est possible que si 20 sénateurs républicains le lâchent.

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