Analyse

La Maison-Blanche recompose les camps en présence au Moyen-Orient

La Maison-Blanche, Israël et les Etats sunnites sont sur la même ligne: ils présentent la menace iranienne comme prioritaire par rapport au dossier palestinien

Cela suffira-t-il à remodeler le Moyen-Orient? Les deux décisions spectaculaires prises coup sur coup par Donald Trump dans la région n’ont pas seulement signifié une profonde rupture par rapport aux anciennes positions des Etats-Unis. En tirant un trait sur des décennies de diplomatie américaine, et en jetant au passage par-dessus bord ses alliés traditionnels, le locataire de la Maison-Blanche est aussi en train de précipiter la recomposition des camps dans la région.

L'Iran perçu comme une menace prioritaire

Le lien entre ces deux décisions – jeter aux oubliettes l’accord sur le nucléaire iranien et déplacer l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem? Dans les deux cas, cela semble refléter la perception de Donald Trump selon laquelle la principale menace pour la stabilité du Moyen-Orient proviendrait de la volonté expansionniste de l’Iran, et non d’un conflit israélo-palestinien depuis longtemps relégué en deuxième ligue.

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Cette vision ne rejoint pas seulement celle qu’exprime depuis des années l’Israélien Benyamin Netanyahou. Elle concorde aussi avec celle des Etats arabes sunnites, Arabie saoudite et Emirats arabes unis en tête. Ces pays se sont montrés parmi les plus enthousiastes lorsque Donald Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire iranien. Et, de fait, le sort de cet accord semblait scellé depuis longtemps, au moins depuis la visite du président américain à Riyad, il y a un an, de laquelle Donald Trump était revenu avec la promesse de signatures de contrats, notamment dans le domaine militaire, pour une valeur de 380 milliards de dollars.

«Arrêter de se plaindre»

Plus frappant encore: la montée des tensions de la semaine dernière, qui a suivi l’annonce américaine, et notamment l’envoi de dizaines de missiles israéliens en Syrie a été accompagné d’une grande «compréhension» de ce même camp sunnite. Le royaume du Bahreïn – un pays qui est pratiquement sous la tutelle de l’Arabie saoudite depuis qu’il a écrasé d’une main de fer la contestation de sa population chiite – est allé jusqu’à prendre publiquement parti pour les Israéliens. Du jamais vu.

Sur la question palestinienne, le ton n’est pas très différent. Le mois dernier, en visite à New York, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane s’en prenait en termes inhabituellement durs à l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas en lui enjoignant d'«arrêter de se plaindre» et d'accepter une fois pour toutes ce que les Américains lui «offrent».

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L’Egypte du président Sissi – dont le maintien au pouvoir dépend lui aussi massivement du soutien des monarchies du Golfe – a prouvé qu’il était sur la même ligne, en acceptant notamment d’ouvrir momentanément ces jours sa frontière avec Gaza, dans le but évident d’alléger la pression à l’approche de la date du transfert de l’ambassade américaine et du 70e anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, qualifiée par les Palestiniens de Nakba («Catastrophe»).

Sauver les apparences

La constitution, face à l’Iran et à ses alliés, de cet «axe» israélo-américano-sunnite ne pourra cependant se concrétiser sans une initiative visant à sauver les apparences. Voilà plus d’un an que le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a été chargé d’élaborer un plan de paix pour la région, qualifié par le président d’«ultimate deal» (l’affaire ultime).

Cet accord serait en fait déjà finalisé, et il offrirait aux Palestiniens la bande de Gaza ainsi que la moitié environ de la Cisjordanie. C’est d’ailleurs à… Riyad que le plan aurait été présenté à Mahmoud Abbas. Le chef palestinien l’aurait rejeté en jugeant qu’il revenait à «détruire le projet national palestinien».

Dimanche, Jared Kushner se serait réuni à ce propos avec le premier ministre Benyamin Netanyahou en présence aussi de Jason Greenblatt, l’envoyé spécial de Trump pour le processus de paix. En attendant l’arrivée de cette étape «ultime», l’administration Trump a multiplié entre-temps les mesures de rétorsion et les humiliations à l’égard des Palestiniens, en décidant par exemple de réduire de plus de 60 millions de dollars leur contribution à l’Unrwa, l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens.

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