A la Maison-Blanche, les proches de Donald Trump ne savent plus vraiment sur quel pied danser. Pas de valse romantique, de tango passionné ou de danse western endiablée, l’heure est plutôt au pogo, où toutes les bousculades et coups de coude sont permis. Empêtrée dans deux affaires de violences conjugales, la Maison-Blanche se déchire. S’il devait exister une bande-son du climat actuel, elle s’appellerait cacophonie.

Mike Pence s’est dit «atterré»

Deux collaborateurs ont dû démissionner la semaine dernière. Le premier, Rob Porter, secrétaire du personnel de la Maison-Blanche, est rattrapé par des accusations de violences physiques et psychologiques, portées par ses deux ex-femmes. Ces accusations étaient connues des proches de Donald Trump au moment où il a été engagé. Il n’a ainsi pas passé tous les niveaux des contrôles de sécurité très stricts auxquels il était soumis, mais bénéficiait d’une «habilitation provisoire». Il y a donc un scandale dans le scandale. Un homme présumé violent envers des femmes est accueilli à bras ouverts à la Maison-Blanche, et a accès aux dossiers les plus sensibles, malgré de graves reproches portés devant la justice. Accusé de laxisme, le secrétaire général John Kelly, celui-là même qui est censé remettre de l’ordre dans l’ambiance délétère de la Maison Blanche, a proposé sa démission.

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Deuxième cas: David Sorensen, chargé de la rédaction de discours. Lui aussi est accusé de violences par son ex-femme. Lui aussi nie les faits, mais a dû claquer la porte, vendredi, deux jours après Rob Porter.

Dans les deux cas, la communication a été très mal maîtrisée. Hope Hicks, la très discrète directrice de communication de la Maison-Blanche, n’y est pas pour rien: elle entretiendrait une relation avec Rob Porter. Le vice-président Mike Pence s’est clairement dit «atterré» par les accusations portées à l’encontre du collaborateur, dont il assure ne rien avoir su avant les révélations des médias. Il l’a affirmé dans une interview à la NBC, depuis la Corée du Sud. «Il n’y a pas de tolérance au sein de la Maison-Blanche, ni de place en Amérique pour les abus conjugaux», a-t-il martelé. Donald Trump, en revanche, s’est révélé bien moins «atterré».

Des photos transmises au FBI

Vendredi, le président des Etats-Unis a loué le «très bon travail» de Rob Porter et s’est dit «surpris» par les accusations. Une de ses ex-femmes, Colbie Holderness, a notamment fourni des photos au FBI la montrant avec un œil au beurre noir lors de vacances en Italie. Ces photos ont choqué plusieurs conseillers à la Maison-Blanche. Lui-même régulièrement accusé de comportements déplacés envers les femmes, Donald Trump a préféré se fendre, samedi, d’un curieux tweet: «Des gens voient leur vie brisée et détruite par de simples accusations. Certaines sont vraies et d’autres fausses. Certains faits sont anciens et d’autres sont nouveaux. Quelqu’un qui est faussement accusé ne peut pas s’en remettre; sa vie et sa carrière sont finies. Les procédures équitables n’existent-elles donc plus?» Voilà qui n’est pas sans rappeler l’épisode Roy Moore: Donald Trump avait soutenu ce candidat républicain à une élection sénatoriale alors même qu’il était accusé d’agressions sexuelles sur des mineures.

Le rôle de John Kelly, pour qui Rob Porter, un ami, est un homme «intègre et d’honneur», demeure trouble. Selon le site Axios, il lui aurait dans un premier temps recommandé de ne pas démissionner, puis a changé d’attitude. La version officielle de la Maison-Blanche, désormais, est que, oui, il était au courant des accusations, mais ne s’est rendu compte de leur «ampleur» que mardi soir. Selon le New York Times, Donald Trump serait furieux contre John Kelly, le rendrait responsable de cette nouvelle cacophonie étalée aux yeux de tous et lui chercherait un successeur. Mais il a fait démentir la rumeur pendant le week-end.

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Dimanche, c’est Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump, qui avait pour mission de tenter de calmer le jeu. «Je pense que le président, comme nous tous, a été choqué et perturbé par ces accusations», a-t-elle insisté sur ABC. Sur CNN, elle a ajouté n’avoir «aucune raison de ne pas croire ces femmes». «Ce n’est pas le Rob Porter avec lequel nous avons travaillé à la Maison-Blanche, mais une fois que vous avez vu les accusations, les preuves, et discuté avec le FBI, c’était très clair, et il a démissionné très rapidement», a-t-elle ajouté, dans une énième tentative de prouver que le thème des violences conjugales est pris au sérieux. Le porte-parole adjoint Raj Shah avait déjà reconnu, jeudi, que la Maison-Blanche «aurait pu mieux gérer cette affaire». Il a évoqué un «probable manque de communication entre différents rouages». Cela n’a pourtant pas empêché Donald Trump de mettre de l’huile sur le feu.