«Qu’est-ce que Makronissos? C’est une île grecque, située à quelques kilomètres de Laurium [Lavrio] […]. Une île aride, privée d’eau, sans un arbre, où sont déportés des détenus politiques, communistes, communisants, ou suspects de l’être. Il y en avait encore dernièrement quinze mille, qui étaient retenus dans des camps de concentration, parmi lesquels des artistes, des intellectuels, tels le poète Jean Ritsos et l’écrivain Démètre Photiadis, qui, pendant la guerre, fut le speaker de la section grecque de la BBC à Londres.

Les conditions de vie en un lieu pareil, très pénibles en temps ordinaire, y seraient devenues atroces si l’on en croit un article qui a paru dans le numéro de janvier de la revue Les Temps modernes et qui nous a été signalé par M. le professeur Henri Miéville.

Le 4 décembre dernier, l’auteur de cet article, M. Louis de Villefosse, est appelé auprès d’un ami grec fixé à Paris depuis des années et dont le frère, détenu à Makronissos, est en danger de mort, à la suite des mauvais traitements qu’il y a subis. Et là, il apprend des choses qui le remplissent d’une émotion, d’une indignation bien compréhensibles.

Il y a peu de mois, en octobre et novembre 1949, des «expéditions punitives» de policiers ont fait irruption à Makronissos. Ayant sorti un groupe de déportés, ils leur brisent les membres, les frappent jusqu’à la mort, laissant les survivants sans soins, sans médicaments. Des lettres venues secrètement de l’île (appelée le «Dachau grec» par le journal parisien Combat ) donnent des détails d’une précision terrible sur les tortures infligées à un groupe de 200 déportés considérés comme «incorrigibles», c’est-à-dire ayant refusé de signer des déclarations de repentir et de renonciation à leurs opinions. De véritables meurtres seraient ainsi commis jour après jour dans ce qu’on dénomme les «camps de rééducation».

Le gouvernement d’Athènes, à la suite de la visite d’une commission d’enquête internationale, avait pourtant annoncé à l’ONU que la libération des détenus était en cours. Mais il semble qu’en prévision de cette évacuation, il se serait hâté de procéder à l’«élimination» brutale des récalcitrants, auxquels on impose des conditions inacceptables: les souffrances physiques et morales infligées à ces malheureux seraient telles que le nombre des suicides est élevé. […]»

[Suit: cette note de la rédaction.]

Par égard pour notre ancien directeur et par respect pour sa liberté d’opinion et d’expression, nous publions l’article ci-dessus. Toutefois, en ce qui nous concerne, il nous paraît qu’un seul témoignage ne saurait faire une certitude des thèses sur Makronissos que répand depuis longtemps déjà la propagande communiste. Cette réserve s’impose d’autant plus à notre sens que des enquêteurs neutres ont pu visiter dernièrement les camps en question et qu’à la suite de cette inspection ils n’ont pas abouti aux mêmes conclusions que Les Temps modernes. Etant donné que des esprits connus pour leur indépendance tiennent pour fondées les accusations lancées contre la police grecque, le mieux serait sans doute que le gouvernement d’Athènes autorise des experts neutres, après une nouvelle visite, à publier les résultats de leur enquête.

« De véritables meurtres seraient ainsi commis jour après jour dans ce qu’on dénomme les camps de rééducation »