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Des manifestants d'extrême-droite brandissent une banderole avec l'inscription «Nous sommes le peuple». Chemnitz, 7 septembre 2018.
© Matthias Rietschel/REUTERS

Polémique

Malaise autour des services de renseignement intérieur allemands

Le patron des services de renseignement intérieur, Hans-Georg Maassen, a dû s’expliquer mercredi face aux députés du Bundestag, suite à des propos semblant relativiser les dangers émanant de l’extrême droite en Allemagne. L’affaire est révélatrice des dysfonctionnements à la tête de l’Etat alors que la coalition semble paralysée par ses désaccords

Le chef des services de renseignement intérieur allemands va-t-il devoir démissionner? Hans-Georg Maassen est au centre d’une polémique autour des débordements d’extrême droite de Chemnitz, en ex-RDA, fin août. Semblant désavouer une Angela Merkel politiquement affaiblie, le patron de l’Office de protection de la Constitution (BfV) avait mis en doute, dans une longue interview au quotidien populaire Bild Zeitung la semaine dernière, la véracité de vidéos circulant sur le Net montrant des néonazis poursuivant des étrangers.

Il n’en fallait pas davantage pour relancer les accusations de collusion entre l’extrême droite et les services de sécurité allemands. Lundi, Hans-Georg Maassen a relativisé ses propos. Mercredi dans la soirée, il a dû répondre aux questions des députés du Bundestag, l’instance de contrôle du BfV. De cet interrogatoire dépendra sa survie à la tête de l’institution.

Conservateur assumé

Mais le malaise persiste dans le pays. L’affaire est révélatrice des dysfonctionnements à la tête de l’Etat, alors que la coalition semble paralysée par les désaccords qui la minent. Sur Chemnitz, Angela Merkel a pu compter sur le soutien des sociaux-démocrates. Tandis que les organes sécuritaires et les plus conservateurs des chrétiens-démocrates semblaient la désavouer.

Hans-Georg Maassen, 55 ans, a fait toute sa carrière dans les services de sécurité. Entre 2008 et 2012, il a notamment dirigé la cellule antiterroriste du Ministère de l’intérieur. Conservateur assumé, petites lunettes rondes à la John Lennon et costume trois pièces sombre, ce juriste enseigne le droit à Berlin et à Tokyo. Il est arrivé en août 2012 à la tête du BfV.

Ses relations avec Angela Merkel se sont considérablement dégradées avec la non-fermeture des frontières aux réfugiés à l’été 2015. A l’époque, Maassen et le chef de la police fédérale, Dieter Romann, multiplient les mises en garde, estimant que des terroristes pourraient se cacher parmi les réfugiés et dénonçant de trop lâches contrôles d’identité aux frontières.

«Façade impénétrable»

Pour les nombreux détracteurs du BfV et de son patron, l’affaire de Chemnitz vient s’ajouter à une liste déjà trop longue de faux pas et de trouble autour de l’institution comme de la police. Maassen aurait ainsi menti aux députés du parlement régional de Berlin sur la présence d’une taupe planquée par le BfV dans les milieux salafistes, alors que les députés exigeaient des explications sur la surveillance de ces milieux après l’attentat de 2016 sur un marché de Noël à Berlin. «Maassen, écrit le magazine conservateur Focus, est un sphinx qui sait cacher tous ses secrets derrière une façade impénétrable», alimentant ainsi les rumeurs.

Dans un livre paru début août, une ancienne cadre de l’AfD affirmait que, lors d’une rencontre avec l’ancienne cheffe du parti d’extrême droite AfD, Frauke Petry, Hans-Georg Maassen aurait donné quelques conseils au parti pour s’éviter d’attirer l’attention des services de renseignement. Maassen a démenti. Reste pour la gauche allemande le sentiment que les dangers émanant de l’extrême droite sont négligés par les services de sécurité, qui ne se focaliseraient que sur les islamistes et les milieux d’extrême gauche.

Collusions avec l'extrême droite

En Saxe notamment, une série d’incidents semble conforter la théorie de collusions entre l’extrême droite et la police. En août dernier, une équipe de la chaîne de télévision publique ZDF subit un long contrôle de police à la suite d’une plainte d’un manifestant du mouvement anti-islam Pegida ne souhaitant pas être filmé. Le manifestant s’avère être membre de la police criminelle régionale.

A Clausnitz en février 2016, des policiers obligent un réfugié terrorisé à sortir d’un bus encerclé par une foule de néonazis pour rejoindre un foyer de réfugiés. A Bautzen en septembre 2016, les policiers appelés à la rescousse à la suite d’une altercation entre 80 jeunes d’extrême droite et 30 réfugiés prennent fait et cause pour les jeunes Allemands.

Beaucoup de policiers sont proches du parti d’extrême droite AfD

Un agent de police anonyme

«Traditionnellement, les extrémistes de droite manifestent plutôt pour réclamer davantage d’ordre et de discipline, rappelle Rafael Behr, professeur à l’école de police de Hambourg. Tandis que les manifestants de gauche auraient au contraire tendance à remettre en cause l’autorité de l’Etat et à recourir à la violence, y compris contre la police. C’est vrai que les manifestants de gauche sont diabolisés dans les rangs des forces de l’ordre.» «Beaucoup de policiers sont proches du parti d’extrême droite AfD, rectifie un policier voulant rester anonyme. J’ai des collègues qui collent des affiches pour les campagnes de l’AfD après le travail.»

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