Qu’arrive-t-il à Sigmar Gabriel? Le chef du SPD multiplie depuis des jours les déclarations particulièrement fermes voire intraitables envers la Grèce. Dimanche soir, après la victoire du «non» au référendum, le vice-chancelier regrette que la Grèce ait «coupé les ponts» avec le reste de l’Europe et estime «difficilement imaginable» de rouvrir les négociations dans ce contexte. Mardi, il ajoute dans une interview au magazine Stern: pas de remise de dette «tant que le gouvernement grec ne montrera pas qu’il veut mettre en œuvre des réformes.» Avant de qualifier d’«erreur» l’entrée du pays dans la zone euro. Devant son parti, il évoque la nécessité de discuter d’une «aide humanitaire» à Athènes… Mardi toujours, Gabriel ne prononce finalement pas lors de la réunion de la direction du parti deux petites phrases qui figuraient pourtant dans un premier jet de son discours: «La Grèce ne peut imposer son intérêt national aux autres pays de la zone euro… C’est pourquoi il est clair pour le SPD qu’on ne peut accorder de nouvelles aides à la Grèce sur la base de ce référendum. La Grèce a-t-elle encore un avenir dans la zone euro? Rien n’est moins sûr.»

Il est devenu difficile de distinguer à l’aveugle les déclarations des Chrétiens et des Sociaux démocrates sur la crise grecque, illustration du malaise d’une partie de la gauche européenne face à ce dossier. La position de Sigmar Gabriel n’est pas isolée au sein du SPD: avant le référendum, Martin Schulz estimait qu’en cas de victoire du «non», la Banque centrale d’Athènes pourrait recommencer à imprimer des drachmes.

Pourtant, il semblerait que pour l’aile gauche de son parti, le chef soit allé trop loin. Johanna Uekermann, cheffe des jeunes Sociaux démocrates, ne décolère pas: «j’en appelle de toute urgence à Sigmar Gabriel: le SPD doit être un bâtisseur de ponts au sein de l’Europe, pas un artificier.» Le chef de file de l’aile des salariés, Klaus Barthel juge «incompréhensibles» certaines déclarations du chef du SPD. Il existe bien au sein du SPD un – petit – courant favorable à une remise de dettes sans conditions et à davantage de solidarité envers les Grecs. Mais la plupart des élus connaissent bien l’état de l’opinion allemande, hostile à 70% à toute idée de nouveaux soutiens financiers à la Grèce. Cette ligne dure, défendue par la chancelière et son ministre des Finances profite plutôt à la CDU. L’essentiel de la base du SPD est tout aussi exaspérée par le gouvernement grec que le reste du corps électoral.