Après six décennies de la coalition au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance, l’alliance de l’opposition, menée par Mahathir Mohamad, a remporté les élections législatives mercredi en Malaisie, selon les résultats officiels fournis par la Commission électorale. L’alliance de l’opposition, Pakatan Harapan, a remporté 115 sièges en s’alliant à un parti dans l’Etat de Sabah à Bornéo, soit plus que la majorité de 112 sièges nécessaire pour former un gouvernement.

Mahathir Mohamad a dirigé la Malaisie, d’une main de fer, pendant 22 ans entre 1981 et 2003 et a quitté sa retraite pour se lancer dans la campagne pour les législatives. Il va devenir, à 92 ans, le plus vieux premier ministre au monde et a déclaré à la presse ne pas chercher «la revanche. Nous voulons restaurer l’Etat de droit».

Un scandale financier autour du fonds souverain

«J’accepte le verdict du peuple», a déclaré l’actuel Premier ministre, Najib Razak, l’air bouleversé après le revers encaissé par sa coalition au pouvoir depuis 61 ans. Aucun parti n’ayant de majorité à lui seul, c’est au roi de décider qui sera le prochain Premier ministre, a-t-il ajouté.

Ce dernier était englué dans un scandale financier. Âgé de 64 ans, il dirigeait la coalition pro-gouvernementale Barisan Nasional (Front national, BN) qui gouvernait la Malaisie depuis son indépendance de la Grande-Bretagne en 1957.

Mahathir Mohamad, excédé par cet énorme scandale financier qui a sapé l’image de la Malaisie à l’étranger, s’est allié avec des partis qui étaient opposés à lui du temps où il était au pouvoir. Son retour surprise sur le devant de la scène politique a bouleversé le paysage politique du pays.

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L’affaire de détournements concerne le fonds souverain 1MDB, créé par Najib Razak, qui a toujours nié tout acte répréhensible, à son arrivée au pouvoir en 2009 pour moderniser la Malaisie. Depuis 2015, la Malaisie est secouée par ce scandale autour de ce fonds aujourd’hui endetté à hauteur de 10 milliards d’euros. Il est au cœur d’allégations de corruption qui font l’objet d’enquêtes dans plusieurs pays, notamment en Suisse, à Singapour et aux Etats-Unis.

Tentatives de fraude

La coalition d’opposition avait gagné du terrain ces dernières semaines. Elle a rogné sur le socle électoral des partis au pouvoir, les Malais musulmans, qui forment l’ethnie majoritaire de cet état multi-ethnique d’Asie du Sud-Est. Les électeurs sont de plus en plus désabusés par les politiques qui sèment la division entre groupes ethniques, l’augmentation du coût de la vie et les scandales de corruption.

Dès que la victoire de l’opposition est apparue claire, les partisans de Mahathir sont descendus dans les rues pour manifester leur joie, en agitant des drapeaux à leurs couleurs. A la suite d’un redécoupage électoral en mars, des partisans de l’opposition et des représentants de la société civile ont dénoncé des tentatives de triche de la part de la coalition au pouvoir, affirmant que des millions d’électeurs sans adresse et même des personnes décédées étaient apparus sur les listes électorales.