La Cour constitutionnelle a décidé d'annuler la présidentielle de 2019 remportée «indûment» par le président sortant Peter Mutharika. Elle a ordonné un nouveau scrutin d'ici cinq mois. Seuls 23% des procès-verbaux ont été vérifiés, a déclaré la Cour, qui a aussi dénoncé l'utilisation «injustifiable» de liquide correcteur blanc pour falsifier des votes.

Une victoire de la démocratie, pour Lazarus Chakwera

A Lilongwe, devant quelque 10 000 de ses partisans, le chef de l'opposition Lazarus Chakwera, arrivé deuxième de l'élection présidentielle, a salué la décision d'annulation. «Ces élections ont été entachées de tellement d'irrégularités (...) et maintenant la justice a prévalu», a-t-il lancé.

Lazarus Chakwera, leader du Parti du congrès du Malawi (MCP), avait échoué de justesse à la présidentielle en mai 2019. Seulement 159 000 voix le séparaient du vainqueur Peter Mutharika, au pouvoir depuis 2014. «C'est un grand jour (...). C'est la démocratie qui a gagné, c'est le Malawi qui a gagné, c'est l'Afrique qui a gagné», a ajouté mardi Lazarus Chakwera, qui avait saisi la justice pour obtenir l'annulation de l'élection.

«La justice l'a emporté», s'est réjoui un habitant de Lilongwe, Brian Kalinde. «On a démontré que la démocratie fonctionne en Afrique», a réagi un autre partisan de l'opposition, Lameck Hango. «Je suis aux anges», «un nouveau jour se lève sur le pays», a dit une étudiante, Laura Banda.

«Nouvelles élections!», a titré le Daily Times. «Nul et non avenu», a lancé The Nation à la Une, avec une grande photo d'un supporter de l'opposition jubilant, sifflet en bouche et grosse radio sur l'épaule.

Le calme malgré la tempête politique

Le président Mutharika, qui disposait de six semaines pour faire appel, a décidé de le faire. «Je peux confirmer que le professeur (...) Mutharika va faire appel du jugement de la Cour constitutionnelle annulant l'élection générale du 21 mai» 2019, a indiqué dans la nuit de mardi à mercredi son porte-parole Mgeme Kalilani, dans un SMS à l'Agence France-Presse (AFP).

Le porte-parole a déclaré que la décision de la Cour constituait «une erreur judiciaire et une attaque contre les fondations de la démocratie de notre pays».

Parmi les partisans du pouvoir, la pilule était difficile à avaler, mais le calme a prévalu mardi dans le pays.

Le Parti progressiste démocratique (DPP), au pouvoir, a lancé un appel au calme. Il «demande à tous ses partisans et aux Malawites de bonne volonté de maintenir la paix et l'ordre au moment où nous préparons le chemin pour aller de l'avant», a déclaré dans un communiqué le secrétaire général du parti, Grezeldar Jeffrey.

Une décision historique en Afrique

Pour l'ancien président du Malawi Bakili Muluzi, l'arrêt de la Cour marque «un moment important dans l'histoire». La Cour «a démontré au monde la force de notre démocratie», a-t-il estimé.

Les invalidations d'élection sont rarissimes en Afrique. En 2017, la Cour suprême du Kenya avait invalidé pour «irrégularités» la réélection du président Uhuru Kenyatta et ordonné l'organisation d'un nouveau scrutin dans les deux mois, une première sur le continent. Au final, Uhuru Kenyatta avait été réélu lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.

«Le plus gros travail commence maintenant», a estimé mardi Chikosa Silungwe, avocat de l'opposant malawite Saulos Chilima, arrivé troisième de la présidentielle.

Au Zimbabwe, le chef de l'opposition, Nelson Chamisa, candidat malheureux à la présidentielle de 2018, entachée selon lui de fraudes, s'est également félicité de la décision de justice malawite, y voyant un signe de bon augure pour l'Afrique. «Pendant trop longtemps, notre continent a été rongé par le fléau d'élections injustes», a-t-il déclaré, saluant un arrêt qui «donne de l'espoir».

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