John McCain aime dire de lui-même qu'il a plus de vies qu'un chat. A moins de trois semaines de l'élection du 4 novembre, le candidat républicain vient pourtant de perdre une vie supplémentaire. Cela en fait trois de suite, si l'on ne compte que les débats qu'il a perdus face à son adversaire démocrate. Mercredi soir, dans la banlieue de New York, lors de la dernière confrontation directe entre les deux hommes, McCain a pourtant tout fait pour retomber sur ses pieds. Il a attaqué, il s'est voulu drôle, il a pris à témoin «Joe le plombier», un électeur de l'Ohio qui avait croisé le fer dans un meeting avec Barack Obama. Mais rien n'y a fait face à un Barack Obama déjà drapé dans son habit de président et qu'un commentateur comparait à une «montagne».

Dans ce débat, enfin, il a été question de politique. Grâce à «Joe le plombier», qu'il a cité au moins une vingtaine de fois, John McCain a explicité un peu plus sa vision des Etats-Unis. «On n'augmente pas les impôts en temps de crise», expliquait-il, en assurant qu'il savait «comment économiser des milliards». Plaçant son adversaire dans le rôle d'un dépensier aventureux, le républicain s'est fait le champion du moins d'Etat, tentant sans doute de séduire les électeurs indépendants qu'effraie l'installation aux commandes des démocrates, aussi bien à la Maison-Blanche qu'au Congrès.

Mais, plus encore que dans ses mots, c'est dans ses mimiques que John McCain a laissé progressivement transparaître son statut d'homme blessé. La chute de Wall Street au pire moment pour lui, l'envolée de son rival dans les sondages, même dans les Etats qui semblaient acquis au républicain - ils donnent à présent une avance à Obama d'au moins 7 points -, le désastre qu'a représenté son choix de réduire sa campagne à une série d'attaques négatives contre le démocrate... Tout cela a mis en miettes l'image de combattant rebelle et confiant que le candidat voulait donner de lui-même. Dans la dernière heure de débat, John McCain laissait échapper de plus en plus souvent des soupirs exaspérés ou des grimaces de déplaisir. Malgré ses efforts, il n'est pas devenu le maître du jeu. Plus: il donnait l'impression de ne pas aimer être là où il était.

«Je ne suis pas George Bush, disait-il à un moment, tentant de sortir de la case où son adversaire l'a inlassablement placé. Si vous vouliez vous opposer à Bush, il fallait le faire il y a quatre ans.» La réplique a fait mouche. Mais l'héritage est trop encombrant. Et à aucun moment John McCain n'est parvenu à convaincre que sa politique ne suivrait pas la ligne de l'administration actuelle.

Comme prisonnier de son propre statut, le républicain s'est vu forcé de défendre le «patriotisme» de ses supporters, ceux-là même qui, dans ses meetings, crient de plus en plus souvent des «terroriste!» et des «tuez-le!» à l'égard de Barack Obama. Faisant remarquer que «à aucun moment» John McCain ou sa colistière Sarah Palin n'ont tenté d'arrêter ces débordements, le démocrate a pourtant tenté de se placer constamment au-dessus de ces questions. «Je serais ravi qu'au cours des trois prochaines semaines nous parlions d'économie, de système sanitaire, d'énergie et de savoir comment les Américains vont pouvoir envoyer leurs enfants à l'université», disait-il, semblant prêt à courir le risque de paraître presque ennuyeux.

Les chats ont neuf vies, dit-on. Mais, face à la menace d'une profonde récession économique, face à deux guerres et face à un rival qui ne commet pas la moindre faute, John McCain aurait aujourd'hui besoin du double pour réussir encore à l'emporter.