Ni la colère, noire de Jacques Chirac, ni les très médiatiques coups de pied rageurs du premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, dans les sables landais souillés par le pétrole n'ont pu arrêter la marée noire du Prestige ce week-end. Les «petites boulettes de fioul» repérées dès mercredi sur les côtes françaises sont devenues galettes en fin de semaine et même «grosses plaques» dans certains endroits. La pollution s'étend désormais sur près de 200 km depuis les plages landaises au sud, jusque vers l'île de Ré et le littoral vendéen au nord. C'est principalement dans le bassin d'Arcachon que la pollution a fait son apparition en fin de semaine. Dimanche, une nouvelle plaque de fioul y a été repérée, à l'intérieur même du bassin.

Pour tenter de stopper les nappes en haute mer avant qu'elles ne viennent s'échouer sur les rivages, une véritable flotte européenne a opéré tout au long du week-end. Trois chalutiers, partis de Saint-Jean-de-Luz (sud-ouest), travaillaient dimanche aux côtés de l'Ailette, un bâtiment militaire. Deux des chalutiers mobilisés expérimentent un nouveau chalut, Merclean, tandis qu'un premier groupe de navires, constitué du bâtiment de soutien Alcyon et d'autres chalutiers expérimentent au large de la Vendée les filets antipollution Thomsea. Un troisième groupe se trouve enfin sur une zone située à environ 200 km à l'ouest de l'estuaire de la Gironde, où un navire océanographique de la Marine nationale, le D'entrecasteaux, a rejoint dimanche quatre bâtiments européens spécialement équipés pour la récupération: le Neuwerk (Allemagne), le Gunnar Seidenfaden (Danemark), le Far Scout (Grande-Bretagne) et le Norman Draupne (Norvège) jusqu'à présent mobilisés au nord des côtes espagnoles de Galice.

Pour Michel Samarcelli, le maire de Lège Cap-Ferret interrogé par l'Agence France Presse, cette nouvelle arrivée de fioul est une «catastrophe. Il y en a tellement qu'il y a partout des bandes noires et à certains endroits cela devient tout noir». Cette situation a conduit dès samedi la préfecture de Gironde à interdire «à titre préventif» le ramassage et la pêche de tous les coquillages du bassin. La mesure a été renforcée dimanche soir avec la suspension de toute commercialisation des coquillages en provenance du bassin. En plus des dégâts écologiques qui s'annoncent, le fioul du Prestige sonne donc déjà comme une catastrophe pour les 350 entreprises et leur millier de salariés qui produisent chaque année dans la région quelque 12 000 tonnes d'huîtres.

Les dispositifs maritimes – barges, barrages flottants, chaluts – sur lesquels comptaient beaucoup les autorités pour empêcher la pollution du Prestige d'atteindre les côtes s'annoncent d'ores et déjà insuffisants. Du coup, il a fallu recourir aux méthodes mises en œuvre lors de la pollution par l'Erika, c'est-à-dire bien souvent le ramassage manuel des galettes de fioul. La ministre de l'Ecologie, Roselyne Bachelot, a promis pour lundi la mobilisation de 200 militaires. Longtemps sous autorité opérationnelle espagnole, la lutte antipollution, mise en place après le naufrage du Prestige dans le cadre du plan franco-espagnol Biscaye Plan, est désormais placée sous coordination française.