Le parlement japonais a approuvé samedi 26 juillet le projet de loi du gouvernement qui autorise l'envoi de troupes en Irak. Plus d'un millier d'hommes des «forces d'autodéfense» (SDF) nipponnes seront ainsi déployés avec la mission limitée de participer à la reconstruction du pays, en fournissant une aide humanitaire. Il s'agit d'une étape historique de la politique étrangère japonaise, qui autorise le premier déploiement de soldats nippons à l'étranger depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le vote de la Chambre des conseillers (Chambre haute) en faveur de cette décision est intervenu dans une atmosphère houleuse, suite au rejet d'une motion de censure déposée la veille par les quatre principaux partis de l'opposition, hostiles au projet de loi déjà voté le 4 juillet par la Chambre des représentants (Chambre basse). La coalition au pouvoir dirigée par le Parti libéral démocrate a voté en faveur du projet de loi, tandis que l'opposition conduite par le Parti démocratique a voté contre. D'après un sondage du quotidien Asahi Shimbun, 55% des Japonais se sont déclarés opposés à l'envoi des troupes en Irak tandis que 33% seulement y sont favorables.

Le premier ministre japonais Junichiro Koizumi a aussitôt commencé le travail de planification de l'envoi des troupes, prévu en octobre. Dès le mois d'août, une mission de reconnaissance précédera le déploiement du contingent nippon en Irak. La tâche qui sera confiée aux forces japonaises vise une contribution à la réinstallation des déplacés ou des réfugiés, à la réparation d'équipements et infrastructures, et à la distribution de l'eau potable et du ravitaillement. Elle interdit en revanche à Tokyo de fournir des armes, munitions ou avions pour des opérations de combat.

Cette reprise de l'activité militaire du Japon hors de son territoire représente une décision historique au regard de la constitution pacifiste du pays, héritée des conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Mais ce déploiement à venir de soldats nippons en zone de combat ne représente pas un fait totalement nouveau. Le «précédent allemand» avait en effet provoqué une reprise des activités extérieures de l'armée allemande en 1996, avec la participation de troupes de la Bundeswehr à des actions de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine. Pour parvenir à cette décision, l'ancien ministre de la Défense Volker Rühe avait pris un risque majeur en décidant auparavant l'envoi de troupes allemandes au Cambodge et en Somalie pour des missions humanitaires. Mais il avait vu ses décisions déclarées rétroactivement conformes à la Loi fondamentale par la Cour fédérale constitutionnelle. Le succès de cette politique avait ensuite été consacré par le vote du Bundestag, le 13 décembre 1996 en faveur de l'engagement de troupes allemandes en Bosnie sous mandat onusien.

Au Japon comme en Allemagne, la décision parlementaire a été très controversée. Reste à savoir si Tokyo suivra la même évolution que Berlin sur un plus long terme. Après un réapprentissage rapide des actions extérieures armées, la Bundeswehr menait en effet dès 1998 des opérations de guerre contre les Serbes au Kosovo.