Royaume-Uni

Malgré son échec, Theresa May cherchera à former un nouveau gouvernement

La cheffe des Tories qui rêvait d’une majorité renforcée a échoué, et Labour redresse la tête. Mais Theresa May va tenter de rester en poste, même affaiblie à Westminster

11h00: Theresa May va chercher à former un nouveau gouvernement, annonce Downing Street. La cheffe des conservateurs se rendra, comme le veut la tradition, à Buckingham Palace à 12h30, heure anglaise (13h30 en Suisse) pour solliciter formellement l’autorisation de former un nouveau gouvernement, malgré son revers aux élections anticipées.

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8h15: la livre chute.

Sur le marché des changes, la livre sterling chutait après le résultat des élections législatives anticipées ce vendredi matin face au dollar, sous la barre de 1,27 dollar. Avant les premières estimations jeudi soir, elle valait encore 1,2950 dollar. La tendance était la même face à l’euro et au franc suisse. Pour ce dernier, la devise britannique est descendue sous 1,23 franc vendredi à 8h00, contre 1,25 franc jeudi vers 23h00.


Le pari raté de Theresa May

Theresa May a perdu son pari. La première ministre britannique n’aura très probablement pas de majorité absolue à la Chambre des communes. Prenant une nouvelle fois les sondages à contre-pied, les Britanniques semblent l’avoir sévèrement punie, après une campagne électorale désastreuse.

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Dès 7h00 du matin, heure de Londres, les projections de la BBC prévoyaient que les conservateurs auraient 318 sièges à la Chambre des communes. Cela en fait le premier parti du Royaume-Uni, mais c’est un recul par rapport aux 330 sièges actuels. Surtout, c’est juste en dessous de la majorité absolue de 326 (il y a au total 650 députés). Un tel résultat met en doute la survie de Theresa May à Downing Street, qui pourrait être défenestrée par son propre parti.

En face, les travaillistes devraient remporter 262 sièges, toujours selon la BBC, une hausse de plus de 30 sièges par rapport au parlement actuel. Pour le reste, les indépendantistes écossais sont à 32, dominant l’Ecosse mais en nette baisse (perte de 14 sièges), et les libéraux-démocrates à 11 sièges, en légère hausse.

Les travaillistes demandent la démission de Theresa May

Vers 3h du matin, deux scènes en parallèle résumaient la soirée. A l’annonce des résultats à Islington North, dans sa propre circonscription, Jeremy Corbyn était tout sourire. Le leader du parti travailliste a dépassé toutes les attentes. On le disait promis à une correction, il a réussi au contraire à faire remonter son parti. Bien sûr, il est loin d’obtenir une majorité et l’imaginer premier ministre à la tête d’une coalition est fortement improbable. Pourtant, l’atmosphère est à la victoire. «La politique a changé et elle ne retournera pas dans la boîte où elle se trouvait. Les gens ont dit qu’ils en avaient assez de l’austérité. […] Ils ont voté pour l’espoir.» Pour lui, c’est une évidence, Theresa May doit démissionner. «Elle a organisé ces élections pour obtenir un mandat. Le mandat qu’elle a eu est une perte de sièges, une perte de votes, une perte de confiance. Je pense que c’est assez pour qu’elle doive s’en aller.»

Quelques instants plus tard, à Maidenhead, la circonscription de Theresa May, la première ministre avait le visage fermé. La voix légèrement cassée, elle a reconnu à demi-mot qu’elle n’obtiendrait pas la majorité absolue. «Ce pays a besoin d’une période de stabilité. Si les conservateurs ont obtenu le plus de sièges, et le plus de votes, c’est à nous d’assurer que le pays ait cette période de stabilité.»

Les conservateurs devraient rester au pouvoir

Quel gouvernement maintenant, face à un tel résultat? Une coalition «progressiste» entre travaillistes, libéraux-démocrates, indépendantistes écossais et verts semble relever de la mission impossible. En additionnant tous leurs sièges, ils n’obtiennent pas tout à fait la majorité absolue. Les libéraux-démocrates ont de toute façon exclu une coalition officielle et même tout «accord» formel. Les indépendantistes écossais n’ont pas l’intention d’entrer au gouvernement britannique, mais ils sont ouverts à un soutien au cas par cas. Dans ces circonstances, l’arithmétique parlementaire n’est pas du côté de ce scénario.

Les conservateurs devraient donc rester au pouvoir. Mais avec quelle majorité? Le petit parti nord-irlandais DUP peut fournir les quelques sièges qui manquent à Theresa May. Le morcellement de l’opposition peut faire le reste.
Mais au sein des conservateurs, beaucoup sont furieux du résultat. Theresa May avait un boulevard devant elle. Elle a entamé cette campagne électorale avec seize points d’avance sur les travaillistes. Le résultat final semble lui donner autour de trois points seulement. Elle a gâché une occasion en or. Va-t-il y avoir une tentative de son propre parti de la mettre à la porte? Boris Johnson, le trublion politique du Brexit, peut-il la remplacer? C’est trop tôt pour le dire, mais Theresa May sort largement affaiblie de cette épreuve.

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