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Malgré son impopularité, Shinzo Abe devrait remporter les élections

Les électeurs se rendent aux urnes dimanche pour renouveler la Chambre basse du parlement. Le taux d’abstention pourrait atteindre un niveau record

Malgré son impopularité, Shinzo Abe devrait remporter les élections

Japon Les électeurs se rendent aux urnes dimanche pour renouveler la Chambre basse

Le taux d’abstention pourrait atteindre un niveau record

Il y a trois semaines, le pari de Shinzo Abe de dissoudre la Chambre basse et de provoquer des ­élections anticipées apparaissait comme un pari risqué. Disposant d’une majorité, le Parti libéral-démocrate (PLD) ne pouvait perdre que des plumes, estimaient les ­observateurs. D’autant plus qu’«Abenomics», nom donné à la politique de relance de Shinzo Abe, n’est pas la potion magique capable de redresser le pays. Au contraire, les indicateurs économiques sont dans le rouge.

Le Japon est entré en récession après la hausse de la TVA en avril dernier. Les Japonais font face à une hausse des prix des produits alimentaires et de l’électricité. Leur salaire stagne, ce qui fait que leur pouvoir d’achat diminue. La consommation des ménages recule. Par ailleurs, une majorité de la population est défavorable au redémarrage des centrales nucléaires voulu par le gouvernement. Conséquence: selon les ­derniers sondages, moins d’un Japonais sur deux soutient le gouvernement de Shinzo Abe, contre environ deux tiers lors de son élection en décembre 2012.

Ce tableau peu reluisant n’aura toutefois que peu d’impact sur les élections de ce dimanche. Selon les derniers sondages, le PLD de Shinzo Abe devrait remporter 300 sièges sur 475, soit davantage qu’avant la dissolution de la Chambre des représentants (294 sièges). Des observateurs prédisent même un raz-de-marée. Le PLD pourrait détenir 317 sièges et s’assurer une majorité des deux tiers, même sans le Komeito, son allié. Comment le parti au pouvoir s’offrira-t-il une victoire écrasante alors que sa popularité décline?

Selon Michael Cucek, chercheur à l’Institut d’études contemporaines sur l’Asie de l’Université Temple à Tokyo, la victoire s’explique pour deux raisons. La première: la faiblesse des partis d’opposition. Ils n’ont présenté aucune alternative à la politique de Shinzo Abe. Du coup, la coopération entre les deux principales forces d’opposition, le Parti démocrate du Japon et le Parti Japon pour l’innovation, pourrait n’avoir aucun effet électoral.

La seconde raison, c’est l’abstention. «La population ne comprend pas pourquoi elle est appelée aux urnes. Elle s’est désintéressée de ces élections. En 2009, sur environ 70 millions d’électeurs, 27 millions ont voté pour le PLD. Il n’a remporté que 119 sièges et a perdu les élections. En 2012, avec un million de voix en moins par rapport à 2009, le PLD a remporté 294 sièges. Cette victoire résultait d’une abstention record depuis la Seconde Guerre mondiale. Dix millions d’électeurs en moins se sont déplacés aux urnes en 2009, comparativement à 2012. Le taux de participation avait atteint 59,3% il y a deux ans», rappelle Michael Cucek.

Pour ce dernier, cette tendance se poursuivra. L’abstention devrait être très élevée lors des élections de dimanche, voire atteindre un niveau record. Lors d’une récente conférence de presse à Tokyo, Takao Toshikawa, observateur politique, a même estimé que moins d’un électeur sur deux pourrait se rendre aux urnes.

Malgré l’assurance d’une large victoire, la période préélectorale s’est déroulée dans un climat quasi soviétique. Le PLD de Shinzo Abe et le Komeito sont les seuls partis qui ont refusé de venir s’exprimer devant la presse étrangère. Le Club des correspondants étrangers est un terrain considéré comme ennemi par les partis au pouvoir. Ils ont voulu à tout prix éviter que des questions gênantes soient posées, alors que la presse nippone est muselée et les questions des journalistes connues d’avance par Shinzo Abe et les ministres.

«[Shinzo Abe] présente ces élections comme un référendum sur «Abenomics», mais c’est faux. Il n’y a actuellement aucune alternative à sa politique. Les électeurs avaient un rêve lorsqu’ils ont voté pour le Parti démocrate du Japon en 2009. Ils ont été déçus et même s’ils se rendent compte que Shinzo Abe n’est pas la panacée, ils estiment que la situation ne serait pas meilleure si l’opposition revenait au pouvoir», commente Michael Cucek.

Une fois les élections remportées, le PLD ne devrait pas bouleverser sa politique. Pour Koichi Nakano, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Tokyo, si la victoire de Shinzo Abe est large, «il fera sans doute preuve d’autosatisfaction et mettra son énergie pour poursuivre son agenda nationaliste [Shinzo Abe a notamment révisé cette année le Chapitre IX de la Constitution pour permettre au Japon d’intervenir militairement, ndlr]». De son côté, Michael Cucek estime que Shinzo Abe ne devrait subir aucune pression, ni interne dans son parti, ni externe. «Avec ces élections, le Parti libéral-démocrate est assuré de rester au pouvoir durant les quatre prochaines années. Je crains que Shinzo Abe ne s’adonne à la flânerie et ne s’attaque pas aux réels problèmes de l’économie japonaise, mais consacre ses forces à la révision de l’histoire», déplore-t-il.

En revanche, si le PLD perd des plumes et l’économie continue de se détériorer, Shinzo Abe devra se concentrer sur les réformes structurelles. Ce volet d’«Abenomics» a été négligé depuis son arrivée au pouvoir.

«Les électeurs estiment que la situation ne serait pas meilleure si l’opposition revenait au pouvoir»

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