Union européenne

Malgré l'accord UE-Turquie, la méfiance règne

Les dirigeants européens et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu ont signé un accord pour endiguer le flux des réfugiés en direction de l’EU. Entre les deux parties, la relation est toujours restée tumultueuse

L’Union européenne (UE) et la Turquie continuent à nourrir une méfiance réciproque. Malgré l’accord signé vendredi à Bruxelles entre les dirigeants européens et le premier ministre turc Ahmet Davutoglu, l’état d’esprit, d’un côté comme de l’autre, n’a pas changé. Cet accord inédit et controversé porte notamment sur le renvoi des réfugiés qui ont transité par la Turquie pour arriver en Grèce. A l’issue du sommet, Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a exclu toute déportation en masse. «L’UE respectera les règles internationales en matière du droit d’asile, y compris le droit au recours», a-t-il dit.

Le sommet EU-Turquie de jeudi et vendredi fait suite à celui du 7 mars dernier où les deux parties s’étaient entendues sur un accord de principe pour la gestion commune des flux migratoires. Restait alors à peaufiner les détails. Durant les deux jours, le projet d’accord final a fait l’objet de plusieurs séances de négociations d’une part entre les Vingt-Huit et d’autre part entre le président du Conseil européen Donald Tusk et le premier ministre turc. La veille, les dirigeants européens avaient passablement réduit son offre à la Turquie, ce qui avait fait craindre un échec des négociations.

L’an dernier, quelque 1,2 million de Syriens, d’Irakiens et Afghans sont arrivés en Europe, dont 800 000 ont transité par le territoire turc. Quelque 2,7 millions de réfugiés se trouvent toujours dans ce pays et qui, à l’arrivée du printemps, seraient tentés de prendre la route vers l’Europe. Face à cet afflux sans précédent en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants européens ont été contraints de frapper à la porte de la Turquie, premier pays d’accueil des réfugiés et pays ayant une frontière commune avec celle de l’UE.

En Europe, ce flux important a non seulement rendu l’accueil difficile en termes d’hébergement, mais a aussi mis en lumière les divisions entre les Vingt-Huit, menaçant la construction même de l’Union. Huit pays ont pris des mesures pour limiter la libre circulation des personnes, un pilier de l’espace Schengen et sans lequel le marché unique s’écroulerait.

Ankara a alors compris que la Turquie était en position de force. Pendant la guerre froide, ce membre de l’OTAN a servi de rempart contre les menaces soviétiques. Aujourd’hui, elle se verrait bien servir de barrière contre les migrants, mais elle impose ses conditions.

Ankara, qui a toujours voulu un rapprochement politique et économique avec l’Europe, a déposé sa candidature d’adhésion en 1987. Mais le dossier s’est enlisé alors que dix pays d’Europe centrale et de l’Est ont rejoint l’UE en 2004 après des négociations assez courtes. En 2005, l’Allemagne et la France avaient bloqué l’ouverture des négociations qui auraient rendu l’adhésion inéluctable. Après son élection en 2007, le président Nicolas Sarkozy avait insisté sur le fait que la Turquie, pays musulman, n’avait pas sa place au sein de l’Europe. En mai 2009, la chancelière Angela Merkel et le locataire de l’Elysée ont proposé un «partenariat privilégié» pour la Turquie «mais pas une adhésion pleine et entière».

Ankara dénonce aussi une discrimination vis-à-vis de la question des visas. L’UE en accorde à tous les pays candidats à l’adhésion ainsi qu’à des pays lointains d’Amérique du Sud, mais refuse la même facilité à la Turquie qui est pourtant un partenaire stratégique en matière politique, économique et militaire. Hier à Bruxelles, l’UE s’est engagé à abolir les visas en juin de cette année, pour autant que la Turquie remplisse 72 critères – 35 le sont déjà.

En Europe, la méfiance vis-à-vis de la Turquie est liée au non respect de l’état de droit par les gouvernements successifs à Ankara. L’UE reproche ouvertement au régime du président Tayyip Recep Erdogan de bafouer les libertés fondamentales, y compris la liberté de la presse et d’opinion. Pour Bruxelles, le pouvoir turc doit rouvrir le dialogue avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’Ankara considère comme un groupe terroriste.

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