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Un autre justiciable accusé de «viols et de violences», comme Tariq Ramadan, aurait-il subi le même sort judiciaire?
© Michel spingler/AP Photo

International

Malgré la mobilisation en sa faveur, Tariq Ramadan reste détenu

La demande de remise en liberté de l’islamologue suisse incarcéré a de nouveau été rejetée ce jeudi. Son état de santé a été jugé compatible avec son incarcération. A Genève, son avocat Marc Bonnant réagit

La mobilisation en faveur de Tariq Ramadan n'a pas fait fléchir la justice française. Les deux avocats de l'islamologue suisse, Me Yassine Bouzrou et Julie Granier, qui avaient déposé jeudi une nouvelle demande de remise en liberté, n'ont pas obtenu gain de cause ce jeudi. Le prévenu, inculpé pour viols et incarcéré depuis le 2 février, reste donc à la prison de Fleury-Merogis a appris l'AFP de sources judiciaire et proche du dossier.

Avant de se prononcer, la chambre de l'instruction avait désigné un expert médical, qui a jugé l'état de santé de l'intellectuel musulman compatible avec sa détention. Le théologien suisse de 55 ans dit souffrir d'une sclérose en plaques et d'une neuropathie, maladies confirmées par son épouse Iman dans deux appels vidéo. Tariq Ramadan a, selon l'AFP, refusé de comparaître jeudi à cette audience à huis clos, qui a duré une partie de l'aprés-midi. Son résultat promet d'attiser la colère de ses partisans, de plus en plus convaincus que les juges français sont biaisés et font preuve d'une dureté déplacée, irrespectueuse de la présomption d'innocence.

La tribune de Mediapart

La mobilisation en faveur de l'intellectuel genevois, de nationalité suisse et égyptienne, a pris de l'ampleur avec la publication mercredi par Mediapart, de la lettre d’une trentaine de personnalités réclamant «une justice impartiale et égalitaire pour Tariq Ramadan». L’éditeur Jean-Daniel Belfond, qui a publié plusieurs livres de Tariq Ramadan, avait toutefois refusé d'argumenter son soutien lorsque nous l'avions interrogé au téléphone: «J’ai été beaucoup sollicité et je ne souhaite pas en dire plus. Notre texte fait foi. La clé, c’est la présomption d’innocence», a répondu au Temps le patron des Presses du Châtelet. Figurent à ses côtés, cosignataires de l’appel, le metteur en scène suisse Dominique Ziegler, le journaliste Alain Gresh, l’éditeur François Gèze (La Découverte) et l’ancienne ministre malienne de la Culture Aminata Traoré. Mediapart, organe de presse fondé par Edwy Plenel, a souvent été accusé par les détracteurs de l’islamologue de lui avoir servi de tribune, accusations rejetées par sa direction.

Une autre prise de position a alimenté le débat: celle d' Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne, et de Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon. Tous deux ont diffusé un communiqué commun pour dénoncer un « lynchage politico-médiatique où les convictions personnelles et les rancœurs prennent souvent le pas sur la sacro-sainte présomption d’innocence à laquelle on ne songe pas un instant. » La page Facebook «Free Tariq Ramadan» et une pétition sur la plateforme Change.org ont relayé les appels.

Le plaidoyer de Marc Bonnant

A Genève, son avocat Marc Bonnant réagit ainsi: «J'ai le sentiment que ce n'est pas l'homme que l'on poursuit, mais l'islamologue qu'on retient». Pour lui, les conditions d'une liberté provisoire étaient en effet remplies: «Théoriser le risque de fuite pour un homme qui s'est présenté spontanément à la justice et qui a proposé de rendre son passeport me paraît absurde. Et la collusion avec les victimes n'est pas réaliste.»

Serait-ce alors en raison des pressions exercées sur les plaignantes, en proie à d'innombrables attaques de la part des soutiens de Tariq Ramadan depuis qu'elles ont accusé l'islamologue de viol? Marc Bonnant répond par une autre question: «Peut-on imputer à celui qui est en prison la pression de tiers qu'il ne saurait influencer?» Pour l'avocat genevois, pas de doute: dans cette affaire, la justice est aussi soumise à la perception qu'elle a de l'opinion publique. 

Une vraie question

La tribune publiée par Médiapart pose une question à laquelle les refus successifs des juges français n'ont pour l'heure pas apporté de réponse claire: un autre justiciable inculpé, comme Tariq Ramadan, de «viols commis avec violences» aurait-il subi le même sort judiciaire? «Il est de notre devoir aujourd’hui de nous inquiéter d’un traitement judiciaire d’exception à l’endroit de Tariq Ramadan et de sonner l’alarme contre les motivations politiques qui pourraient contrevenir au bon fonctionnement de la procédure judiciaire et empêcher la vérité, quelle qu’elle soit», énonce le texte. Avant de conclure: «Il en va de notre intérêt à toutes et tous.».

Le droit français justifie la détention provisoire  pour deux raisons: lorsque celle-ci est «l'unique moyen de conserver les preuves ou les indices matériels ou d'empêcher soit une pression sur les témoins ou les victimes soit une concertation frauduleuse entre personnes mises en examen et complices» et si cette détention «est nécessaire pour préserver l'ordre public du trouble causé par l'infraction ou pour protéger la personne concernée, pour mettre fin à l'infraction ou prévenir son renouvellement ou pour garantir le maintien de la personne concernée à la disposition de la justice». Les avocats de Tariq Ramadan avaient comme solution alternative pour leur client le port d’un bracelet électronique, le paiement d’une caution ou l’obligation de rester sur le territoire français avec remise de ses passeports suisse et égyptien aux autorités.

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