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Malgré le rejet des motions de censure, l’affaire Benalla laissera des traces

Les deux motions de censure déposées contre le gouvernement français à l’Assemblée nationale ont été rejetées ce mardi. Mais pour Emmanuel Macron, il y aura un avant et un après l’affaire Benalla

Sans être inédit, le fait est rarissime: des députés de droite et de gauche ont mêlé leurs voix (et leurs applaudissements), mardi à l’Assemblée nationale, pour tenter de censurer le gouvernement d’Edouard Philippe, en réaction à «l’affaire Benalla». Depuis le 18 juillet et les révélations du quotidien Le Monde, les faits reprochés à Alexandre Benalla, collaborateur du président de la République qui a fait le coup de poing le 1er mai contre des manifestants en se faisant passer pour un policier, ont mis le feu à la vie politique française.

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L’exercice de la double motion de censure était arithmétiquement sans suspense ni conséquence: il n'avait aucune chance. La motion de la droite a recueilli 143 voix, celle de la gauche, 74, alors qu’il en faut 289 pour atteindre la majorité.

le groupe La République en marche, soutien du président Emmanuel Macron, compte à lui seul 313 députés sur 577. Une majorité écrasante que viennent conforter, de vote en vote, une cinquantaine de députés centristes. Le gouvernement n’avait donc rien à craindre.

Communistes et insoumis votent tout

Après l’avoir envisagé, les élus du parti de droite Les Républicains n’ont pas voté la motion de censure de la gauche, se concentrant sur la leur, destinée à dénoncer une «affaire d’Etat» et mettant en cause «la faiblesse» et «la lâcheté» d’Emmanuel Macron, coupable à leurs yeux d’avoir couvert les activités d’un collaborateur qui, à plusieurs reprises, semble bien s’être pris pour un cowboy. Pour un «barbouze», a même avancé la droite.

Les socialistes ou ex-socialistes n’ont pas davantage voté pour le texte de la droite, rejetant l’idée d’une «alliance contre nature». Les communistes et les insoumis de Jean-Luc Mélenchon n’ont pas eu de ces pudeurs: ils ont voté les deux motions de censure, imités en cela par Marine Le Pen et ses cinq collègues députés du Rassemblement national (ex-Front national). On a ainsi assisté au spectacle étonnant des élus de droite applaudissant chaudement, à plusieurs reprises, un Jean-Luc Mélenchon qui n’a pas beaucoup de mal à être le plus brillant orateur de l’hémicycle, dénonçant «les pieds nickelés de l’Elysée» ainsi qu’une «chaîne ininterrompue de turpitudes au sommet de l’Etat».

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La défense d'Edouard Philippe... qui contredit Emmanuel Macron

Le premier ministre, Edouard Philippe, a préféré tirer un trait sur ce que les oppositions appellent désormais appeler «l’affaire Benalla-Macron», en la résumant d’une phrase: «Des fautes individuelles et de petits arrangements entre un chargé de mission et des policiers affectés à la Préfecture de police de Paris», annonçant en creux une prochaine réforme de cette institution. Non sans habileté, il a profité de l’occasion pour faire un discours de politique générale et mettre en avant son action depuis un an.

«La République exemplaire n’est pas la République infaillible», a lancé Edouard Philippe. Et si Alexandre Benalla a commis des actes «inacceptables» et a «manqué aux devoirs de sa fonction», on ne peut, selon le premier ministre, s’en prendre au président de la République. Ce qui, soit dit en passant, contredit Emmanuel Macron lui-même, puisqu’il s’est déclaré «seul responsable», suggérant même que ceux qui n’étaient pas contents s’en prennent à lui: «Ce responsable, il est là, qu’ils viennent le chercher!».

Alors que plusieurs enquêtes judiciaires sont en cours, la commission d’enquête du Sénat entend poursuivre ses travaux pendant six mois et multiplier les auditions. A la rentrée, Alexandre Benalla, qui a beaucoup parlé (au Monde, sur TF1 et dans le JDD) pourrait lui-même être convoqué.

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Une polémique qui regonfle l'opposition

Le parlement va se mettre en vacances à la fin de la semaine pour un mois. Ce sera bientôt le tour du gouvernement. Pour Emmanuel Macron, qui semblait marcher sur l’eau depuis un an, il y aura bien un avant et un après l’affaire Benalla, quelles que soient les conclusions à venir des commissions d’enquêtes et de la Justice. L’opposition, comme asphyxiée depuis 2017 par l’émergence d’une formation politique inédite, a repris du poil de la bête, laissant planer un vrai doute sur le vote d’une réforme constitutionnelle qui aura du mal, désormais, à recueillir une majorité au Sénat. La pratique monarchique du pouvoir, vieille comme au moins la Ve République et maniée par l’actuel président jusqu’à la caricature, était dans la viseur des motions de censure, au-delà de l’affaire Benalla elle-même.

Qu’en pensent les Français? Jusqu’alors, les sondages sont contradictoires. Mais Emmanuel Macron a eu tort en assurant à plusieurs reprises qu’ils ne s’intéressaient pas à cette «tempête dans un verre d’eau». Ils se sont au contraire passionnés pour cette série télévisée en direct, faisant exploser les audiences de la principale chaîne d’information, BFMTV, mais aussi celles des chaines parlementaires, habituellement confidentielles. Qui l’eût cru?

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