La vague de révolte des populations du Proche et Moyen-Orient face à des dirigeants autocrates en poste depuis des décennies ne faiblit pas, après la chute de Ben Ali en Tunisie et de Moubarak en Egypte. Ce vendredi, la contestation se poursuit à Bahreïn, où les heurts ont été sanglants jeudi, comme en Libye. L’Iran donne lieu à une démonstration de force du pouvoir. L’Algérie est dans l’attente d’une marche agendée samedi. Le suivi de l’actu du jour:

Yémen (17h45)

Deux personnes ont été tuées par balles vendredi soir lors de la dispersion par la police de manifestations à Aden, principale ville du sud du Yémen, ont indiqué des sources médicales. L’une des deux victimes a été tuée alors qu’elle participait à une manifestation contre le régime yéménite dans le quartier de Khor Maksar, et l’autre dans le quartier de cheikh Othman, selon ces sources.

Des centaines de personnes avaient participé à de nouvelles manifestations vendredi soir dans la capitale de l’ex-Yémen du sud, aux cris de «le peuple veut la chute du régime». Depuis mercredi, sept personnes ont été tuées dans la dispersion de manifestations à Aden, selon un décompte de l’AFP.

Libye (17h30)

Des opposants libyens en Suisse ont lancé vendredi un appel à la communauté internationale pour qu’elle fasse pression sur le colonel Kadhafi afin d’»arrêter les massacres» dans leur pays. Selon eux, il y aurait eu jeudi entre 23 et 30 tués. «La communauté internationale doit clairement montrer au régime de Kadhafi les conséquences de ses actes», a déclaré Ahmed el-Gasir, un responsable de l’ONG Libyan Human Rights Solidarity (LHRS), basée à Genève.

«Des civils désarmés ont été tués par les forces de sécurité libyennes. Ce sont des crimes contre l’humanité qui relèvent de la Cour pénale internationale», a ajouté l’opposant. L’ONG est en contact téléphonique régulier avec des manifestants sur place. «L’accès à internet est interrompu, mais les téléphones ne sont pas coupés», a indiqué Ahmed el-Gasir. Des images sont également transférées par satellite par les manifestants.

Bahreïn (17h00)

Le prince héritier de Bahreïn, Salman ben Hamad Al-Khalifa, a promis vendredi un dialogue avec l’opposition une fois le calme revenu dans cet archipel du Golfe où des manifestations de chiites ont été réprimées dans le sang. «Je ne fais aucune différence entre un Bahreïni et un autre et ce qui se passe actuellement est inacceptable», a déclaré le prince Salman qui s’est invité dans une émission politique de la télévision officielle.

«Bahreïn n’a jamais été un Etat policier», a-t-il ajouté, soulignant: «Je ne mens pas. Tous ces gens sont mes concitoyens et la phase que nous traversons est délicate et requiert qu’on soit tous responsables», a-t-il dit. «Il faut que notre dialogue se passe dans un calme global», a-t-il affirmé, assurant qu’»aucun sujet ne peut être exclu de ce dialogue». Le Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salman Al-Khalifa, oncle du roi, est à ce poste depuis l’indépendance de Bahreïn, en 1971.

Algérie (16h50):

Les autorités algériennes n’ont «pas reçu» de demande formelle d’autorisation pour la marche prévue samedi à Alger et ne savent donc pas si elle sera autorisée ou non, a affirmé vendredi à Madrid le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci.» Les manifestations de l’opposition sont interdites à Alger, dans le cadre de l’état d’urgence déclaré dans le pays en 1992 et renforcé dans la capitale en 2001.

Une marche organisée à l’appel de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), qui était interdite, s’était heurtée samedi dernier à Alger à un dispositif de sécurité très renforcé. Elle avait réuni 2000 personnes dans le centre de la capitale. Un nouveau défilé est prévu samedi à Alger, à l’appel de la CNCD, qui regroupe des partis d’opposition, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, des syndicats autonomes et des représentants de la société civile. M. Medelci a confirmé vendredi que l’état d’urgence serait levé «dans les tout prochains jours», au «plus tard à la fin de ce mois».

Tripoli (16h20):

Des milliers de personnes ont participé vendredi aux obsèques des manifestants anti-régime tués la veille dans des affrontements avec les forces de l’ordre à Benghazi, deuxième ville de Libye, ont indiqué des témoins à l’AFP. Treize morts ont été enterrés au cimetière de Hawari dans la ville, a-t-il ajouté.

Un autre témoin a précisé que les manifestations avaient repris à la suite des obsèques à Benghazi où des bâtiments publics ont été incendiés. Quatorze personnes ont été tuées jeudi dans les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants anti-régime à Benghazi, bastion de l’opposition, selon un bilan de source médicale locale.

Le journal Qurina, basé à Benghazi, a précisé que ces manifestants avaient été tués par des balles réelles. La source médicale locale avait fait également état de deux morts mercredi à Al-Baïda, plus à l’est. Le nouveau bilan porte à 19 le nombre de morts depuis le début de la contestation mardi en Libye, dont trois détenus tués vendredi lors d’une tentative d’évasion à Tripoli. Pour sa part, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a fait état vendredi d’un total de 24 morts jeudi, dont huit à Benghazi.

Le Caire 16h00:

Des millions d’Egyptiens ont fêté vendredi dans la liesse le succès de leur «Révolution du Nil», qui a entraîné la chute, il y a une semaine jour pour jour, du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans. Selon l’agence de presse officielle Mena, qui avait minimisé ou carrément ignoré la forte mobilisation populaire durant les 18 jours qui ont changé l’histoire de l’Egypte, deux millions de personnes se sont rassemblées place Tahrir et à ses abords.

En dehors de cette grande place du Caire, qui fut le coeur battant de la révolution, des centaines de milliers de personnes ont participé dans le reste dy pays à cette «marche de la victoire» visant aussi à rendre hommage au 365 victimes de la répression. De nombreux manifestants ont assuré vouloir rester vigilants face à l’armée, à laquelle Hosni Moubarak a transmis le flambeau avant de se reclure dans sa résidence de Charm el Cheikh, sur la mer Rouge, afin de ne pas se faire voler leur mouvement démocratique.

Place Tahrir, toujours gardée par des chars et blindés et quadrillée par la police militaire, le prédicateur égyptien Youssef al Karadaoui a demandé à la foule, lors de la grande prière hebdomadaire, de faire preuve de patience envers l’armée. Mais l’influent cheikh basé au Qatar, qui a soutenu dès le début le soulèvement égyptien dans ses prêches diffusés par la chaîne de télévision panarabe Al Djazira, a demandé à l’armée de débarrasser les Egyptiens du gouvernement nommé par Moubarak au début de la crise, début janvier.

Le jeune cybermilitant et cadre de Google Wael Ghonim, l’une des vedettes du soulèvement populaire en Egypte, a quant à lui été empêché de s’exprimer sur une estrade place Tahrir par des gardes, selon un photographe de l’AFP. Alors qu’il tentait de monter sur un podium sur cette place, épicentre du mouvement de contestation contre le régime, le jeune homme en a été bloqué par des hommes qui semblaient assurer la sécurité de Youssef al-Qardaoui.

Wael Ghonim, furieux, a alors quitté la place, le visage couvert d’un drapeau égyptien. Il avait été arrêté pendant les manifestations et a raconté avoir passé douze jours de détention les yeux bandés. Il a confirmé être l’administrateur de la page Facebook «Nous sommes tous Khaled Saïd», un groupe qui a participé, avec le mouvement du 6-Avril, au lancement de la contestation contre Hosni Moubarak le 25 janvier.

Tripoli 15h45

Trois détenus ont été tués vendredi par les forces de l’ordre alors qu’ils tentaient de s’évader de la prison d’El-Jedaida, près de Tripoli, a indiqué une source des services de sécurité libyens. «Les affrontements ont fait trois morts parmi les prisonniers», a-t-elle ajouté, précisant que la situation était désormais «sous contrôle» et que les forces de l’ordre encerclaient la prison. De nombreux prisonniers s’étaient évadés vendredi matin après une mutinerie dans une prison à Benghazi, deuxième ville de Libye secouée par des manifestations contre le régime.

Téhéran (15h10)

Des dizaines de milliers de partisans du régime en Iran ont réclamé vendredi l’exécution des deux principales figures de l’opposition réformatrice lors de la prière à l’université de Téhéran et de manifestations organisées par les autorités dans tout le pays. L’ex-chef du Parlement Mehdi Karoubi et l’ex-Premier ministre Mir Hossein Moussavi, qui ont pris la tête de l’opposition au président Mahmoud Ahmadinejad depuis sa réélection contestée en 2009, sont depuis plusieurs jours de facto en résidence surveillée.

«Mort à Moussavi, mort à Karoubi», ou «Moussavi et Karoubi doivent être pendus», a réclamé la foule lors de la prière du vendredi à Téhéran. Dans son prêche aux fidèles, l’ayatollah ultraconservateur Ahmad Janati s’est montré plus prudent, réclamant que les deux opposants soient soumis à un régime de résidence surveillée sévère. «Certains disent qu’ils doivent être pendus. Mais ils sont déjà pendus (ndlr: politiquement), ils n’ont plus aucune réputation. Certains demandent qu’ils soient jugés, la justice agira en tenant compte des intérêts» du pouvoir, a répondu M. Janati aux manifestants.

Les attaques des conservateurs au pouvoir contre les deux leaders réformateurs ont pris une nouvelle ampleur après une manifestation antigouvernementale lundi, la première depuis un an. A leur appel, des milliers de personnes s’étaient rassemblées à Téhéran, en dépit d’une interdiction et d’un déploiement policier massif. Les appels à un procès rapide et un «châtiment sévère», voire à «la pendaison» de MM. Karoubi et Moussavi, accusés de faire le jeu des Etats-Unis et d’Israël, ennemis jurés de l’Iran, se sont multipliés au sein de la classe politique et du clergé, et jusque parmi les conservateurs modérés et certains réformateurs.

Jusqu’à présent, les autorités se sont abstenues d’arrêter les deux dirigeants pour ne pas en faire des «saints» aux yeux de leurs partisans, avait expliqué la semaine dernière le chef du pouvoir judiciaire.

Lire aussi: Le régime usurpe l’identité d’une victime des manifestations

Sanaa (13h30)

Des centaines de partisans du régime au Yémen ont attaqué vendredi à Sanaa un rassemblement de jeunes opposants ainsi que des journalistes avec des matraques, des haches et des bâtons, faisant au moins quatre blessés, selon un correspondant de l’AFP sur place et des témoins. Des milliers de jeunes, des étudiants pour la plupart, s’étaient rassemblés après la prière du vendredi dans la principale artère de la capitale, la rue al-Zubeiri, répétant un seul slogan «Le peuple veut la chute du régime».

Des centaines de partisans du parti présidentiel du Congrès populaire général (CPG), mais également des agents des services de sécurité en civil, ont violemment attaqué les manifestants, pour la sixième journée consécutive, a-t-on ajouté. Plusieurs journalistes ont été également battus par les partisans du CPG, selon des témoins. A Aden, principale ville du sud du Yémen, trois personnes ont été tuées et 19 blessées par balles lors de violents heurts nocturnes entre la police et des centaines de manifestants hostiles au régime, selon une source hospitalière vendredi. Les nouveaux décès portent à cinq le nombre de morts à Aden depuis mercredi.

Tripoli 13H00: Les comités révolutionnaires, pilier du régime libyen, ont lancé des avertissements aux «groupuscules» manifestant contre le pouvoir: «La riposte du peuple et des forces révolutionnaires à toute aventure de la part de ces groupuscules sera violente et foudroyante», ont indiqué les comités révolutionnaires sur le site internet de leur journal Azzahf Al-Akhdar (la marche verte). «Le pouvoir du peuple, la Jamahiriya (pouvoir des masses), la révolution et le leader (Mouammar Kadhafi) constituent des lignes rouges. Celui qui tentera de les dépasser ou de s’y approcher risque le suicide et joue avec le feu», ont-ils prévenu.Ils ont accusé par ailleurs «la chaîne qatarie Al-Jazira et les vendus (...) d’aller contre le courant». Par ailleurs, le bilan des violences qui ébranlent le pays depuis mardi s’est alourdi à au moins 24 morts, selon Human Rights Watch, qui accuse les autorités de tirer sur des protestations «pacifiques» tandis que les médias officiels se contentent de relayer des démonstrations pro-régime. Irak. Le Kurdistan irakien était sous le choc vendredi après la mort la veille de deux jeunes durant une manifestation hostile au gouvernement régional et le saccage de bureaux de dissidents dans deux villes contrôlées par les forces du président Massoud Barzani.

Bahreïn (9h30): Des milliers de chiites ont enterré vendredi, dans un climat de tension et de colère, leurs morts tués dans la violente répression d’un rassemblement pro-réformes à Manama où des chars et véhicules blindés de l’armée ont pris place sur certains points stratégiques. Dans le même temps, les Etats-Unis ont appelé Bahreïn, un proche allié, à éviter le recours à la force contre les manifestants pacifiques. La procession avançait à Sitra, un village chiite de la banlieue est de Manama, deux véhicules sur lesquels reposaient les corps de Ali Khodeir, 53 ans, et de Mahmoud Mekki, 23 ans, enveloppés du drapeau national, tués dans le raid jeudi avant l’aube de la police contre un sit-in sur la place de la Perle. Yémen Trois personnes ont été tuées et 19 blessées par balle lors de violents heurts dans la nuit de jeudi à vendredi entre la police et des centaines de manifestants hostiles au régime à Aden, principale ville du sud du Yémen, selon une source hospitalière.