L’étudiant américain Otto Warmbier a payé de sa vie son voyage en Corée du Nord en décembre 2015. Sa famille a annoncé sa mort lundi. Condamné à 15 ans de travaux forcés au terme d’un procès expéditif pour avoir prétendument tenté de voler une affiche de propagande dans un hôtel, il avait été libéré par les Nord-Coréens le 13 juin et transféré aux Etats-Unis dans un état désespéré.

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Ses parents ont dénoncé l’horrible traitement assimilable à de la torture subi par leur fils pendant ses 17 mois de détention. «Quand il est revenu, il ne pouvait ni parler, ni voir, ni réagir à nos sollicitations. Mais son visage s’est apaisé, je crois qu’il sentait qu’il était de retour à la maison et qu’il était en paix», ont-ils estimé, dans un communiqué. «C’est un scandale absolu», a jugé le président américain Donald Trump mardi. Mais, malgré les tensions grandissantes entre les deux pays, les Américains continuent de se rendre en Corée du Nord. Le pays le plus fermé du monde attire aussi des touristes suisses.

Guides obligatoires

«Entre 60 et 70 Suisses visitent le pays chaque année», révèle Stephan Roemer, directeur de Tourasia, une agence basée à Zurich et qui propose la Corée du Nord sur son catalogue depuis 2002. «Ce pays cloisonné attend les rares touristes avec une grande bonté, une nature magnifique et des particularités innombrables que seul un pays qui fait rempart à tout ce qui rentre et qui sort est en mesure d’offrir», peut-on lire sur le site de l’agence.

«Nos clients sont des gens qui ont l'habitude de voyager et qui sont bien éduqués. Ils veulent faire l'expérience par eux-mêmes de la situation en Corée du Nord, au delà de l'image véhiculée par les médias occidentaux», poursuit Stephan Roemer. La seule manière de visiter le pays est de recourir à une agence, qui propose un tour organisé en groupe ou individuellement. Chaque visiteur est accompagné d'un guide officiel nord-coréen. Les touristes ne peuvent se rendre que dans des sites agréés par les autorités.

«Pas comme dans un musée avec des figurants»

«Nous avons pu proposer d’autres lieux, par exemple, se promener dans tous les quartiers de la capitale», raconte Thomas Gerber, un enseignant biennois, qui est allé en Corée du Nord au mois d’avril, alors que la tension était à son comble entre Washington et Pyongyang. «Je n’ai pas eu l’impression d’être dans un musée avec des figurants. C’est un cliché trompeur que l’on colle à la Corée du Nord, dit-il. Les gens discutent volontiers, même si c’est toujours par l’intermédiaire de notre guide. Mais on sent une réserve quand on aborde des sujets politiques. Nous savions que des Américains avaient été emprisonnés et qu’il ne fallait pas faire de prosélytisme ou arracher des affiches.»

«Il n’y a pas de précaution particulière à prendre. Les Nord-Coréens sont très accueillants», assure, pour sa part, Stephan Roemer, de Tourasia. Dans ses conseils aux voyageurs, le Département fédéral des affaires étrangères est plus circonspect: «Le régime nord-coréen jouit d’un respect absolu; des déclarations ou des actes irréfléchis sont passibles de longues peines de détention ou camp de travail.»

L’an dernier, lors de sa dernière visite en Corée du Nord, le directeur de Tourasia a encore rencontré des groupes américains malgré le fait que le Département d’Etat déconseillait formellement de s’y rendre. Certains représentants républicains comme démocrates veulent désormais interdire les voyages en Corée du Nord. Trois autres Américains sont toujours détenus par Pyongyang. Il s’agit de deux hommes qui enseignaient dans une université de la capitale financée par des groupes chrétiens étrangers et un pasteur américano-coréen accusé d’espionnage au profit de la Corée du Sud.

Trop risqué pour les Américains

Otto Warmbier avait été arrêté alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion du retour à l’aéroport de Pyongyang. Il s’était inscrit avec d’autres jeunes pour un voyage organisé en Corée du Nord depuis la Chine via Young Pioneer Tour. Cette agence, la meilleur marché pour la Corée du Nord, propose aussi des voyages en Afghanistan, en Erythrée ou à Tchernobyl. Elle a annoncé mardi qu’elle ne prendrait plus d’Américain en Corée du Nord. Car «le risque est devenu trop élevé».

Le Britannique Danny Gratton, le camarade de chambre d’Otto Warmbier en Corée du Nord, a témoigné auprès de la BBC. «Le jour du départ, nous étions les deux dernières personnes du groupe à passer au contrôle d’identité. Nous avons donné nos passeports mais l’agent a désigné Otto et deux gardes l’ont emmené. Ils avaient décidé de capturer un Américain. Il était simplement au mauvais moment au mauvais endroit.»

Fin février 2016, le jeune Américain réapparaissait devant un tribunal nord-coréen. En larmes, il confessait avoir fait «la pire erreur de sa vie» en voulant voler la fameuse affiche soi-disant pour l’utiliser de retour aux Etats-Unis contre la Corée du Nord. Peu après, le prisonnier serait tombé dans le coma, atteint de botulisme, une maladie paralytique grave, qui aurait été causé par un somnifère, ont admis les Nord-Coréens juste avant la libération du jeune homme. La famille d’Otto Warmbier ne croit pas un mot à cette version.