C'est en habits du dimanche, drapés d'écharpes orange en forme de V que les quelque 10 000 à 15 000 membres et supporters de l'Ordre d'Orange ont défilé à Portadown. Après la parade qui les a conduits du centre-ville à l'église de Drumcree, la manifestation protestante a gagné les barricades fortifiées de l'armée britannique. Ses supporters entendaient ainsi protester contre la décision de la commission indépendante des défilés de les empêcher de passer dans les quartiers catholiques.

Mais il n'y a pas eu de répétition des scènes de violence qui avaient provoqué une onde de choc à travers toute la province l'an dernier. Seuls quatre jeunes protestants se sont fait arrêter après que la police a découvert des cocktails Molotov et des feux d'artifice. Les jours précédents, la police et l'armée britannique avaient déployé le dispositif de sécurité le plus important depuis la conclusion de l'accord de paix de Stormont, signé il y a quatorze mois.

Le défilé le plus controversé du calendrier des marches orangistes s'est déroulé dans un calme relatif. Du moins durant la journée de dimanche, un jour de prière sacré pour les groupes paramilitaires dissidents loyalistes probritanniques. Alors que la nuit tombait, un petit contingent de supporters de l'Ordre s'est massé devant les barricades de l'armée en menaçant de «faire le siège» sur la route qui mène aux quartiers catholiques.

Le sentiment de frustration et de colère ressenti par les membres de l'Ordre d'Orange était pourtant palpable. Planté droit comme un poteau devant les orateurs qui s'adressaient à la foule sur la colline de Drumcree, l'un des supporters de l'Ordre n'a pas caché son amertume. Quant à ce professeur, il était certes prêt à parler à condition que son identité ne soit pas divulguée: «Si l'on perd Portadown, l'on perd tout. Ce n'est qu'une question de temps avant que l'Irlande soit unifiée et que nous soyons forcés à l'exil. L'Ulster, c'est notre pays et il n'y a aucune justification au fait qu'on laisse les catholiques nous priver de nos droits religieux et culturels.»

La colère était palpable. Pourtant les orangistes se sont ralliés au mot d'ordre résumé par un panneau aux paroles peintes dans les couleurs du drapeau britannique: «Une parade dans les jours qui viennent si l'on respecte la parole de Dieu.» Il s'agit d'une référence claire au principe de non-violence. Ces quelques mots ont alimenté les rumeurs dans les quartiers catholiques où les habitants sont persuadés que le premier ministre britannique Tony Blair accordera une marche dans leurs quartiers maintenant que leurs supporters se sont bien comportés.

D'après David Jones, le porte-parole de la loge orangiste de Portadown, la violence perpétuée ces derniers mois par des groupes dissidents loyalistes probritanniques aurait totalement discrédité une organisation qu'il décrit pourtant comme «respectable». Ces deux dernières années, plus de cinq personnes, dont l'avocate Rosemary Nelson, sont mortes dans des actes de violence directement liés aux activités orangistes. Dans la foule, des membres des forces paramilitaires veillent à ce que le mot d'ordre soit rigoureusement suivi.

Dans les jours qui viennent, la région continuera d'être fortement militarisée. Les quelque 3000 policiers et membres des forces de l'ordre déployés dans la région continueront d'opérer sur les points de contrôle aux abords des quartiers catholiques. L'absence de révolte et de violence a contredit toutes les prévisions. Le processus de paix est en pleine crise et le vide politique n'a fait que se creuser depuis vendredi dernier après que les partis n'eurent pas réussi à s'entendre sur un compromis autour de la question du désarmement.

Traditionnellement, en Irlande du Nord, le vide politique est rempli par la violence. Pourtant, cette fois-ci, Drumcree a fait exception et pourrait bien signaler le début d'une nouvelle ère libérée de violence.