Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) a revendiqué l'attentat-suicide perpétré lundi matin, par un kamikaze âgé de 18 ans, au cœur du «Souk haCarmel», le grand marché central de Tel-Aviv. Par chance, la bombe était de faible puissance et la déflagration s'est produite alors que les clients étaient peu nombreux devant les étals de fruits et légumes. Outre le terroriste, trois personnes (deux femmes, un homme) ont trouvé la mort et une quarantaine d'autres ont été plus ou moins gravement blessées.

Le dirigeant palestinien Yasser Arafat, hospitalisé depuis vendredi à Paris, a condamné l'attentat. Son premier ministre a fait de même. Ahmad Qoreï a réuni son cabinet à Ramallah, en Cisjordanie, pour la première fois en l'absence du président palestinien, afin de marquer la continuité du pouvoir.

Coïncidence? L'attentat du marché de Tel-Aviv a eu lieu au moment où la Knesset entamait l'examen du texte de loi fixant les modalités pratiques de démantèlement des colonies juives de la bande de Gaza prévu à partir de mai 2005 ainsi que le mode d'indemnisation de leurs habitants. Selon les chroniqueurs israéliens, cette explosion ne devrait pas influer sur le vote de ce texte attendu mercredi. Car, sauf retournement de dernière minute, le premier ministre, Ariel Sharon, pourra de nouveau compter sur le soutien extérieur du Parti travailliste ainsi que de quelques autres formations moins importantes de l'opposition.

«Majorité» minoritaire

Pour la plupart des commentateurs, le démantèlement des implantations de Gaza débutera donc avant la fin de la semaine puisque les familles de colons désireuses de s'en aller sur une base volontaire (on en compte environ 300) pourront percevoir des indemnités variant entre 200 000 et 400 000 euros. Une somme à laquelle s'ajouteront une série d'avantages sociaux et fiscaux.

Le «filet de sécurité» offert à Ariel Sharon par le Parti travailliste et ses alliés est cependant limité dans le temps. Dimanche, le leader travailliste, Shimon Peres, a d'ailleurs rencontré le premier ministre afin de lui signifier que sa formation ne le soutiendra plus à l'occasion des prochaines échéances et notamment lors de l'examen du projet de budget qui débutera à la fin de la semaine. Sans l'appoint des travaillistes, Ariel Sharon se retrouvera vraiment au pied du mur puisque sa «majorité» est minoritaire depuis le début de l'année et qu'elle s'est réduite depuis le vote «historique» de la Knesset la semaine dernière avalisant le plan de retrait de la bande de Gaza.

«Le choix du chef du gouvernement est très limité: soit il négocie avec Peres l'entrée des travaillistes dans le gouvernement, soit il provoque des élections anticipées», explique le chroniqueur politique Emmanuel Rozen. Qui poursuit: «A priori, la première solution semble la plus logique puisque Peres brûle de revenir au pouvoir afin de participer au démantèlement des colonies de Gaza et qu'il est prêt à beaucoup de concessions pour cela. Mais Sharon refuse de changer l'orientation ultra-libérale de son projet de budget pour amadouer les travaillistes. De plus, la convention du Likoud (son parti) vient de voter une résolution lui interdisant de faire alliance avec Peres et ses amis. Si le premier ministre néglige cette injonction comme il l'a fait avec les précédentes il se coupera définitivement du Likoud, une chose qu'il ne peut faire s'il veut rester encore un peu au pouvoir.»