La gifle n’est pas seulement diplomatique. En «invitant» lundi l’ambassadeur de France à «quitter le territoire national dans un délai de 72 heures», la junte au pouvoir au Mali a adressé à Paris une fin cinglante de non-recevoir.

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Pas question de s’engager sur de prochaines élections que l’Elysée, et l’UE, continue de réclamer. Pas question, non plus, de céder au chantage militaire de l’armée française contrainte d’envisager son départ du Sahel. S’estimant protégés par le déploiement autour de Bamako des mercenaires russes du groupe Wagner – qu’ils devront rémunérer sous forme de concessions ou autres – les putschistes maliens ont décidé de renverser la table. Soit l’ex-protecteur français obtempère. Soit il prend le risque d’une crise à plusieurs fronts: politique, sécuritaire et géopolitique.

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Cette «fuite en avant» dénoncée par le Quai d’Orsay dit une réalité, que le coup d’Etat survenu au Burkina Faso le 24 janvier illustre aussi: un pays, quel qu’il soit, ne peut se résumer à un champ de bataille et à des victoires tactiques contre les djihadistes. L’échec démocratique malien et burkinabé, que certains observateurs redoutent de voir se propager demain au Niger voisin, témoigne d’abord de l’absence d’alternative. Les pouvoirs civils, une fois élus, n’y ont en rien amélioré le quotidien de la population. Plus grave: les militaires, renforcés par les moyens mis à leur disposition dans le cadre des opérations antiterroristes, y ont gagné en confiance et en assurance. Le cercle est donc vicieux, à Bamako comme à Ouagadougou: plus les pays occidentaux interviennent, plus ils nourrissent le ressentiment populaire et le risque de voir leurs alliés en uniformes se retourner contre eux.

Cette réalité sera l’arrière-plan du sommet UE-Afrique des 17 et 18 février à Bruxelles, où le Mali (coup d’Etat oblige) n’a pas été convié. La France, qui plaide depuis le début pour un soutien armé de ses alliés européens au Sahel, est aujourd’hui incapable d’apporter à ceux-ci un minimum de garanties, y compris face au risque de voir ses ex-protégés ouvrir demain les vannes migratoires. L’effet domino des coups d’Etat est à l’œuvre. Et à ce stade, Paris semble incapable de l’arrêter.