Le Mali est suspendu aux bulletins de santé des nonuplés nés le 4 mai dernier dans une clinique de Casablanca, au Maroc. Les neuf nouveau-nés – cinq filles, quatre garçons – ont toutes et tous survécu. Une première mondiale. Pesant entre un demi-kilo et un peu plus d’un kilo, ils devront rester des semaines dans l’unité de néonatologie. La mère, Halima Cissé, une Malienne de 25 ans originaire de la ville de Tombouctou, dans le nord du Mali, va bien, selon ses médecins marocains. L’accouchement a eu lieu par césarienne au septième mois de grossesse. Le père est enchanté, selon la BBC qui l’a contacté. Cet adjudant de l’armée malienne est resté au Mali avec la première fille du couple. «Tout le monde m’a téléphoné, même le président», dit-il.

Le sort de cette famille est en effet devenu une «cause nationale», raconte le magazine Jeune Afrique. Cela faisait quelque temps que le couple de Tombouctou souhaitait avoir un second enfant, relate pour sa part Radio France International (RFI). Le gynécologue qui avait suivi la première grossesse d’Halima Cissé lui administre des injections d’hormones. Lorsqu’elle tombe enceinte, il pratique une première échographie et compte sept embryons. «Je me suis dit «ah, il y a quelque chose que je ne comprends pas». J’ai appelé un collègue radiologue. Nous avons refait l’échographie ensemble. Il m’a dit «ah, mon cher collègue, ce que tu as vu, c’est ça». Nous avons alors expliqué la situation à Mme Halima Cissé. Elle a dit «c’est extraordinaire!» et elle s’est mise à rire», se souvient le docteur Seydou Sogoba, interrogé par RFI.

Enorme publicité pour la clinique marocaine

Face à un tel cas, le praticien de Tombouctou décide de transférer la femme enceinte dans la capitale. C’était la première fois qu’elle prenait l’avion. A Bamako, l’hôpital chargé de cette grossesse alerte alors le ministre de la Santé, qui prend personnellement les choses en main. En concertation avec les médecins, le gouvernement malien opte pour un nouveau transfert au Maroc, bien mieux outillé pour gérer un accouchement aussi exceptionnel. «Le cas Halima Cissé devient une affaire d’Etat et remonte jusqu’au Conseil des ministres», écrit Jeune Afrique. Une cause consensuelle pour les autorités de transition issues du coup d’Etat, dans un pays déchiré par les conflits.

La jeune femme est donc arrivée fin mars dans une clinique privée de Casablanca. Le mardi 4 mai, les médecins marocains décident de procéder à une césarienne, meilleure solution pour préserver la santé de la mère et des fœtus. Finalement, ce ne sont pas sept bébés qui sont extraits du ventre de la Malienne, mais neuf. Pour Akdital, un groupe en pleine expansion qui dispose de neuf établissements de santé au Maroc, cette histoire permet de mettre en avant le savoir-faire de ses équipes.

«Nous sommes très prudents, c’est un cas qui nécessite toute l’expertise et toute la technicité de l’équipe très performante de la clinique», prévient le professeur Youssef Alaoui, directeur général de la clinique Ain Borja, selon des propos recueillis par le journal marocain L’Observateur. Plus de 30 personnes ont été mobilisées pour cet accouchement extraordinaire. Toujours selon Jeune Afrique, le gouvernement malien a promis d’assumer tous les frais médicaux. Il a aussi ouvert un compte aux dons particuliers pour la famille nombreuse.

Un «mystère»

Selon le gynécologue sénégalais Abdoulaye Diop, à Dakar, interrogé par la BBC, rares sont les pays africains à pouvoir assumer un tel accouchement, surtout pour les soins néonataux. Dans le monde, les traitements de fertilité ont augmenté la probabilité de jumeaux. Mais la grossesse d’Halima Cissé serait une première mondiale. En 2012, Nadya Denise Suleman, une Américaine, avait donné naissance à huit enfants, après une fécondation in vitro. Le médecin qui avait implanté de multiples embryons dans l’utérus de l’Américaine avait ensuite été radié de l’Ordre des médecins suite à une enquête.

«De temps en temps, il arrive, pour des raisons liées peut-être aux hormones ou bien à l’âge, qu’une patiente développe une grossesse avec plus de deux bébés», dit le gynécologue sénégalais Aboudlaye Diop.
Des cas «très rares» et qui restent «mystérieux».