Pas encore 40 ans et déjà deux coups d’Etat à son actif. Après avoir emmené de force lundi soir le président et le premier ministre dans un camp de l’armée malienne proche de la capitale, le colonel Assimi Goïta, vice-président du Mali, a annoncé mardi qu’ils étaient «démis de leurs fonctions».

Le jeune militaire, issu des forces spéciales, n’en est pas à son coup d’essai. En août dernier, les Maliens découvraient ce jeune officier à la manœuvre pour déposer le président Ibrahim Boubacar Keïta après des mois de contestation populaire. En octobre de la même année, soumis à la pression internationale, les putschistes avaient mis en place un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections devant rendre le pouvoir aux civils d’ici dix-huit mois.

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Avec la mise sur la touche du président Bah N’Daw et de son premier ministre Moctar Ouane, cette transition est en péril. Même si l’homme fort du pays a assuré qu’il ne comptait pas s’accrocher au pouvoir et que des élections seraient organisées «courant 2022». Une promesse plus vague que le calendrier électoral prévu.

«Il n’y a plus de doute»

«Les tensions entre le gouvernement et les militaires étaient croissantes depuis trois semaines», témoigne une source gouvernementale, sous le couvert de l’anonymat. Pomme de discorde: un remaniement ministériel, dont l’annonce a été plusieurs fois reportée. La liste des ministres a finalement été dévoilée lundi. Deux colonels parmi les putschistes d’août 2020 ont été évincés, même s’ils ont été remplacés par d’autres officiers et que les militaires restaient nombreux au sein du nouveau gouvernement.

Assimi Goïta accuse le président et son premier ministre d’avoir «saboté» la transition et de ne pas l’avoir consulté sur le remaniement. Pourtant, rien dans la charte de la transition ne l’impose. «Maintenant, il n’y a plus de doute: le patron, c’est le colonel Assimi Goïta», commente la même source gouvernementale.

L’exemple tchadien

Après le Tchad il y a un mois, à la suite de la mort du président Idriss Déby, voilà un second pays du Sahel où les militaires reprennent les choses en main, alors que les attaques des groupes djihadistes ne connaissent pas de répit dans la région. La presse africaine se demande si l’indulgence internationale au coup de force du fils Déby n’a pas encouragé ses collègues maliens.

Les réactions aux événements maliens sont plus véhémentes que lors de la succession dynastique au Tchad. La famille Déby a aussi mis en place un gouvernement de transition et promis d’accepter le verdict de futures élections. Si indulgent avec les généraux tchadiens, le président Emmanuel Macron a dénoncé un «coup d'Etat dans le coup d'Etat» au Mali. La France dispose de 5100 soldats au Sahel contre les djihadistes, principalement au Mali. La Suisse, dont le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis s’était rendu à Bamako en février dernier pour soutenir la transition malienne, a demandé la «libération immédiate» du président et du premier ministre et le «respect de la feuille de route de la transition».