Manama maintient la pression sur les activistes

Golfe Un nouveau militant en vue arrêté

Maryam al-Khawaja, la militante bahreïnie la plus réputée à l’étranger, a obtenu mercredi la levée de son interdiction de quitter le petit archipel. La communauté des défenseurs des droits de l’homme, qui s’était mobilisée en sa faveur depuis son interpellation à Manama le 30 août dernier, n’a pas eu le temps de se réjouir: hier aussi, son compatriote Nabil Rajab, un autre activiste en vue à Bahreïn, a été arrêté après une convocation par le Ministère de l’intérieur. Cela ne faisait pas vingt-quatre heures qu’il était de retour à Manama après une tournée de plaidoyer en Europe. Elle l’avait notamment emmené à Genève, où il était présent lors de la dernière session du Conseil des droits de l’homme, en septembre. Comme Maryam al-Khawaja, Nabil Rajab est un habitué du Palais des Nations. Il s’y était déjà rendu en juin dernier, tout juste après avoir recouvré la liberté après deux années de prison pour des peines relatives à ses activités sur les réseaux sociaux dont il est un utilisateur assidu.

«Crimes électroniques»

Aujourd’hui encore, il serait visé par des accusations de «crimes électroniques», potentiellement liées à de récents tweets commentant l’enrôlement par l’Etat islamique de Bahreïnis ayant travaillé pour les services de sécurité à Manama. Ce petit Etat du Golfe, qui abrite la plus importante base navale américaine au Moyen-Orient, est un allié de Washington dans l’opération militaire lancée contre le groupe djihadiste en Syrie

Maryam al-Khawaja comparaissait pour sa part hier devant la Haute Cour criminelle, accusée d’avoir agressé il y a un mois une policière à l’aéroport de Manama. Elle venait d’y remettre les pieds après deux années d’exil. Son arrestation a remis la situation des droits de l’homme à Bahreïn, où des milliers de personnes ont été arrêtées depuis le soulèvement au printemps 2011, sous le feu des projecteurs. Des dizaines d’ONG et le Haut-Commissariat des droits de l’homme ont exigé sa libération immédiate.

Cette pression internationale semble avoir joué en sa faveur, «à moins que les autorités de Manama n’aient fini par admettre que le dossier n’était pas légitime», commente Joe Stork de Human Rights Watch. Si son interdiction de sortir du territoire a été levée, Maryam al-Khawaja doit à nouveau comparaître devant le tribunal le 5 novembre prochain. Elle n’y sera probablement représentée que par son avocat: pour ne pas prendre le moindre risque, l’activiste de 27 ans devrait quitter Manama sans délais, peut-être dès ce jeudi. «L’affaire finira au pire par une amende, estime Khalid Ibrahim, qui codirige, avec Maryam al-Khawaja, le Gulf Centre for Human Rights . C’est une pacifique, elle n’a jamais agressé qui que ce soit. Ces accusations ont été fabriquées en raison de ses activités militantes.»