Terrorisme

A Manchester, la jeunesse britannique touchée de plein fouet

Dans la salle de concert du Manchester Arena visée lundi soir par un attentat revendiqué par l’Etat islamique, beaucoup d’adolescentes très jeunes. Une des victimes avait huit ans. Témoignages

Pour Katty Hilton, c’en est trop. La veille, quand la bombe avait retenti, elle avait été prise de terreur, mais avait su se ressaisir immédiatement et fuir la salle du Manchester Arena avec son amie et leurs mères respectives. Ce n’est que douze heures plus tard que l’émotion remonte finalement à la surface. Racontant son histoire, les larmes commencent à couler sur ses joues de jeune fille de 13 ans. D’abord doucement, puis de façon incontrôlable, dans un torrent de sanglots. Elle se blottit dans les bras de sa mère, rappelant par ce geste son très jeune âge.

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Katty et son amie Kelly Dixon, 12 ans, attendaient ce concert d’Ariana Grande depuis de longs mois, de quoi justifier le déplacement de quatre heures entre Sunderland, où elles habitent, et Manchester. La chanteuse pop américaine est leur idole. Kelly l’avait déjà vue en concert il y a deux ans. «Mais cette fois-ci, l’ambiance était bien meilleure.»

«Les cinq minutes les plus longues de ma vie»

A la fin du concert, lundi 22 mai, vers 22h30, les deux amies étaient juste devant la scène. Leurs mères les attendaient dans le foyer, à l’extérieur de la salle, là où les souvenirs sont en vente. «J’ai entendu une explosion, mais je croyais que c’était des ballons qui avaient éclaté, témoigne Katty. Et puis, on a entendu des gens crier: bombe, bombe!» Paniquées, les deux jeunes filles sont parties à la recherche désespérée de leurs mères. «On les a cherchées pendant cinq minutes. Les cinq minutes les plus longues de ma vie, se rappelle Lisa Dugan, la mère de Katty. Ensuite, je les ai attrapées par la main et on a couru le plus vite possible, pour partir très loin.» Ce n’est qu’à trois heures du matin qu’elles ont retrouvé leur hôtel, perdues dans la ville dans la panique.

L’attentat terroriste qui a frappé le concert d’Ariana Grande à Manchester lundi soir, faisant 22 morts et 59 blessés, a frappé en plein cœur un public très jeune. Le pire attentat au Royaume-Uni depuis celui contre le métro de Londres le 7 juillet 2005, qui avait fait 52 morts. Une attaque «révoltante», qui a visé «de jeunes personnes sans défense», a condamné Theresa May devant Downing Street mardi. Des adolescentes pour la plupart, voire des préadolescentes encore à l’école primaire.

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Toutes n’ont pas eu la chance de Katty et Kelly. Des «enfants» font partie des personnes décédées, a révélé la police de Manchester. Une petite fille de huit ans, Saffie Rose Roussos, a été l’une des premières victimes nommées.

Angoisse insoutenable

Certaines familles connaissent par ailleurs une angoisse insoutenable. Mardi, à la mi-journée, Charlotte Campbell n’avait toujours pas retrouvé sa fille Olivia, 15 ans. Elle a remué ciel et terre, fait appel aux réseaux sociaux, rencontré des dizaines de bonnes volontés pour l’aider, multiplié les témoignages dans les médias. Mais pour l’instant, toujours pas de nouvelles. «Elle était avec son amie Adam, témoignait sur la BBC la mère, la voix cassée par l’émotion. Adam a été trouvé, il est à l’hôpital, mais Olivia n’a pas été trouvée.» Sur Twitter, le mot-clé #missingManchester s’est propagé, pour tenter de la retrouver, ainsi que d’autres adolescentes qui restent portées disparues.

Molly Moore, 14 ans, a eu plus de chance. Elle est venue de Derby accompagnée de sa mère. «J’attendais ce concert depuis 208 jours», précise-t-elle, après avoir assuré le décompte jour par jour depuis l’achat de ses billets. Ce mardi matin, elle portait encore le sweat-shirt d’Ariana Grande qu’elle arborait fièrement la veille. Autour du cou pendait la pochette transparente avec son billet du concert. «C’était horrible. Je suis encore sous le choc», murmure l’adolescente, qui n’en peut plus de sommeil, de choc et de colère rentrée.

Elle et sa mère se sont retrouvées bloquées dans le Manchester Arena après l’explosion de la bombe. La police a pris soin d’elles, venant les informer toutes les demi-heures de l’évolution de la situation. «Mais ce n’est que très tard, en voyant un écran de télévision, qu’on a compris l’ampleur de la situation, explique Karen Moore. Avant, on ne savait pas qu’il y avait des morts.» Et à six heures du matin seulement, elles ont pu sortir de la salle de concert et rentrer à leur hôtel. Au coin de la rue, là où le quartier est bouclé, elles passent toutes les deux à côté d’un grand panneau publicitaire électronique. Dessus, sur fond de drapeau de l’Union Jack, ces simples mots: «Pray for Manchester».

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