Espagne

Mandat d’arrêt européen contre Carles Puigdemont, huit ministres catalans en prison

Un mandat d'arrêt européen va être émis contre le président catalan destitué et quatre de ses conseillers, actuellement en Belgique. Huit autres dirigeants catalans, dont l'ancien vice-président Oriol Junqueras ont été placés en détention provisoire

Huit membres du gouvernement catalan destitué par Madrid ont été placés jeudi 2 novembre en détention provisoire par une juge d'instruction espagnole. Un mandat d'arrêt européen sera émis vendredi à l'encontre de leur chef Carles Puigdemont, réfugié depuis lundi à Bruxelles.

La juge de l'audience nationale, tribunal chargé des affaires sensibles, «le fera durant la journée», a assuré une source judiciaire à Madrid. L'avocat belge de Carles Puigdemont a toutefois déclaré jeudi soir à la télévision flamande VRT que son client lui avait dit qu'un mandat d'arrêt avait été émis à l'encontre du président et de quatre ministres qui se trouvent en Belgique. «Cela signifie dans la pratique que la justice espagnole va maintenant envoyer une demande d'extradition au parquet fédéral de Bruxelles», a ajouté le défenseur. Interrogé sur le point de savoir si le dirigeant séparatiste allait rester en Belgique, l'avocat a répondu: «Bien entendu. Il s'est engagé à coopérer pleinement avec les autorités belges».

Une fois la demande d'extradition transmise à la justice belge, celle-ci aurait 60 jours pour étudier le dossier. Au cas où sa demande d'extradition serait approuvée par un juge belge, Carles Puigdemont fera appel, a précisé l'avocat.

«Honte à l'Europe»

Plus tôt dans la soirée, dans un court message diffusé par la télévision régionale catalane, le président catalan destitué par Madrid a «exigé la libération» de ses collègues incarcérés. Il a affirmé que la décision de la justice n'était «plus une affaire interne espagnole» et que la communauté internationale devait «se rendre compte du danger» qu'elle constituait.

Lire notre revue de presse: A Bruxelles, Carles Puigdemont réveille le spectre de la crise identitaire belge

 

Vingt mille personnes, selon la police municipale, se sont rassemblées dans la soirée à Barcelone, à l'appel du mouvement indépendantiste assemblée nationale catalane (ANC). «Ce n'est pas une justice. C'est une dictature !», scandaient les manifestants, ou encore «honte à l'Europe», qui a refusé d'intercéder en faveur des séparatistes.

Moins d'une semaine après le vote par le Parlement régional de la déclaration d'indépendance de la Catalogne, le 27 octobre, Oriol Junqueras, le numéro deux de ce gouvernement, et sept autres de ses membres ont été inculpés de sédition et de rébellion et écroués à l'issue de leur audition à Madrid.

Insurrection active

Un neuvième ministre, Santi Vila, qui avait démissionné avant la proclamation de la «république» et le seul à avoir répondu aux questions de la magistrate, pourra être mis en liberté provisoire moyennant le paiement d'une caution. Dans son ordonnance, la juge explique l'ordre d'incarcération par le risque de fuite des inculpés. Cinq membres du bureau du Parlement catalan, dont la présidente Carme Forcadell, ont quant à eux obtenu un report au 9 novembre de leur audition pour pouvoir préparer leur défense.

Tous sont accusés, avec deux dirigeants d'associations indépendantistes, l'ANC et Omnium, déjà incarcérés, d'avoir organisé depuis fin 2015 «un mouvement d'insurrection active» pour parvenir à la sécession, ignorant toutes les décisions de justice, y compris l'interdiction d'organiser un référendum d'autodétermination le 1er octobre.

Lire l’interview de Iñigo Errejon, figure de proue de Podemos: «Rajoy a intérêt à mettre le feu à la question catalane»

La tactique Puigdemont

Les autorités catalanes affirment qu'à ce référendum, le «oui» à la sécession a remporté 90,18% des voix, avec une participation de 43%, malgré l'intervention parfois violente de la police pour empêcher son déroulement. S'appuyant sur ces résultats, elles ont proclamé vendredi l'indépendance de la «République catalane».  Le gouvernement espagnol a alors immédiatement pris le contrôle de la région, destituant son gouvernement et convoquant des élections pour le 21 décembre.

Carles Puigdemont avait présenté mercredi comme une tactique concertée la répartition de son gouvernement entre l'Espagne et la Belgique. Certains iraient à Madrid «dénoncer la volonté de la justice espagnole de poursuivre des idées politiques», les autres resteraient à Bruxelles «pour dénoncer devant la communauté internationale ce procès politique», avait-il expliqué.

 

Publicité