Les révoltés d’Admiralty ne plient pas

Hongkong Les manifestants dénoncent les violences policières

Un dialoguedevrait s’instaurer avec le pouvoir

Les étudiants taïwanais appuient leurs luttes

Mercredi soir, à Hongkong, il n’a été question que de violence. Pour la condamner.

Admiralty, Harcourt Road, la nuit est tombée depuis près de deux heures, sans la chaleur et la moiteur qui marquaient il y a un peu plus de deux semaines les débuts du «mouvement des parapluies». Les manifestants, qui réclament l’instauration du suffrage universel complet, sont encore plusieurs milliers. Pour la plupart assis par terre, ils écoutent leurs leaders.

Le programme est simple. On ne parlera que des brutalités policières de la nuit de mardi à mercredi. Brutalités au cours desquelles les forces de l’ordre ont libéré une nouvelle rue. A coups de bâton et de spray au poivre, projeté sur des manifestants qui lèvent les bras et chantent «Happy birthday» quand la situation devient tendue. Un des manifestants, membre du parti Civic, pro-démocratie, a pourtant été passé à tabac par six policiers. Leur action, filmée par une chaîne de télévision, a suscité émotion et colère; la police a promis une enquête.

Contrairement aux premières violences, notamment les tirs de gaz lacrymogènes dont les nuages ont fourni au mouvement des photos diffusées dans le monde entier, celle-là n’a pas fait revenir les foules. «Il faut comprendre, explique ce chimiste d’une cinquantaine d’années venu soutenir les étudiants. Chacun doit travailler, s’occuper de sa maison. Mais cela ne dit rien de notre détermination.»

Sur leur petite scène, les tribuns de la soirée se passent le micro. Joshua Wong, le leader des lycéens, harangue la foule comme aux premiers soirs. En commençant par condamner les violences des jours précédents. La police de Hongkong «utilise maintenant les méthodes des flics du continent [ndlr: de la Chine]. Ils deviennent des criminels», ajoute-t-il en référence aux liens supposés avec les triades, utilisées pour dégager certaines barricades. «Sans la démocratie, personne ne peut contrôler la police», enchaîne Alex Chow, le responsable de la Fédération des étudiants. Qui poursuit: «Pékin et le gouvernement jouent la montre pour nous décourager. Mais notre combat continue. Nous connaissons notre ennemi!» Applaudissements.

Enfin, Chan Kin-man, un des fondateurs d’Occupy Central, le mouvement qui veut obtenir la démocratie grâce à la désobéissance civile, prend la parole: «Nous devrions nous préparer à nous sacrifier, à être arrêtés. Luttons à la manière Martin Luther King, pacifiquement, mais résolument.» Sans écarter cependant «le dialogue dont on reparle» avec le gouvernement.

Dans l’après-midi, le ministre des Affaires constitutionnelles a annoncé qu’un «médiateur» avait pris langue avec les étudiants en vue d’un dialogue direct avec le chef du gouvernement, CY Leung. Il y a une semaine, jugeant le climat trop tendu, l’exécutif avait annulé une première rencontre, dont beaucoup avaient espéré qu’elle fût le début d’une sortie de crise. Cette fois, la discussion pourrait porter sur une mise en œuvre du suffrage universel non pas pour 2017, comme le demandent les manifestants et que refuse Pékin, mais pour 2022.

Ce calendrier permettrait à une nouvelle consultation d’être menée, comme le suggère Joseph Cheng, interrogé il y a quelques jours. A la tête d’une coalition des partis hongkongais se battant pour le suffrage universel, ce vétéran de la politique, 65 ans, estime que cette démarche offrirait à tout le monde une sortie honorable. «L’année 2022 serait un compromis acceptable pour atteindre un véritable système démocratique.»

Une sortie de crise rapide, c’est ce qu’ont demandé les députés pro-Pékin durant une séance-fleuve, hier, au parlement. L’arrêt des violences, lesquelles n’ont pas été condamnées par le gouvernement, ne figurait pas en tête de leurs revendications. Ils pressent l’exécutif de libérer les rues et de préparer un plan de soutien aux PME, les plus pénalisées par les blocages. Satisfaits des actions de la police, les chauffeurs de poids lourd ont renoncé à venir eux-mêmes démonter les barricades. Li Ka-Shing, l’homme le plus riche de la ville, a de son côté appelé les Hongkongais à rentrer chez eux.

Rentrer chez eux? Le démontage de quelques barricades n’est rien en comparaison des efforts attendus pour nettoyer le village créé par Occupy Hongkong: plus de 500 tentes à Admiralty, des centres de ravitaillement en eau, en piles, mais aussi des cuisines, des salles de bains, ou encore des tables et des fauteuils. Pour Carlos, pas de doute. Assis sur un mince matelas, l’étudiant en design a vu ses lunettes cassées par les policiers il y a dix jours. Mardi soir, il a reçu du spray au poivre. «Cela fait mal, mais je resterai là jusqu’au bout. La confrontation ne m’effraie pas», conclut celui qui porte sur son t-shirt noir, outre le ruban jaune du mouvement, le slogan «Make it happen».

«L’année 2022 serait un compromis acceptable pour atteindre un système démocratique»