Après le vert de l’islam et de l’espoir, le noir du deuil. Jeudi, des centaines de milliers d’Iraniens ont à nouveau bravé l’interdiction de défiler, en descendant dans les rues de la capitale pour protester contre les résultats du scrutin. A l’appel de Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux à la présidentielle, lui-même présent dans la foule, un hommage particulier a été rendu aux personnes tuées lors de la manifestation de lundi.

Selon les témoins présents sur place – l’accès aux manifestations étant toujours interdit à la presse étrangère –, de nombreuses personnes portaient les photos des victimes à bout de bras. Sur une des pancartes, on pouvait lire: «Je me bats! Je meurs! Je récupère mon vote!» Le signe d’une protestation qui refuse de s’essouffler, dans cet Iran chiite où le culte du «martyr» fait partie intégrante de la culture locale – quelles que soient les affinités politiques.

Selon les informations diffusées sur différents sites internet iraniens, au moins sept personnes auraient péri lors des accrochages qui opposèrent, en début de semaine, manifestants et bassidjis (miliciens islamistes). Mais, d’après un bilan très troublant dressé par l’Association des activistes des droits de l’homme – une ONG indépendante –, les incidents de ces derniers jours auraient fait 32 morts. La plupart des victimes seraient des étudiants tués dans la nuit de dimanche à lundi.

Selon différentes sources, des miliciens auraient fait irruption, en pleine nuit, dans le dortoir de l’Université de Téhéran. Ils auraient poignardé leurs jeunes victimes à coups de couteau. Dans un communiqué rendu public, le Bureau de consolidation de l’unité, la principale association étudiante du pays, confirme la mort d’au moins sept étudiants. D’après une autre source, les médecins de l’hôpital Rassoul Akram auraient décidé de faire grève pour protester contre la violence. De leur côté, plusieurs professeurs d’université continuaient leur sit-in, tandis que les arrestations de dissidents se poursuivent.

Hier, le rendez-vous avait été donné vers 16 heures locales sur la place de l’imam Khomeiny, non loin du grand bazar, situé au sud de Téhéran. Affluant de part et d’autre de la ville, les manifestants ont ensuite emprunté la longue avenue Ferdous pour se diriger vers l’avenue de la Révolution – en référence au renversement du shah, en 1979. Comme toujours, la consigne était au silence. A la nuit tombée, les rues étaient encore noires de monde.

D’après les personnes présentes sur place, la police semblait avoir reçu l’instruction de maintenir le calme, et de ne pas disperser les manifestants. «L’establishment ne peut se permettre de multiplier les «martyrs». Il est sans doute conscient que cela ne ferait qu’augmenter la popularité de l’opposition», confie un sociologue iranien, qui préfère taire son nom.

Cependant, la très redoutée milice Bassidj, dévouée à la cause du président Ahmadinejad, a pour sa part appelé ses membres à participer aujourd’hui à la grande prière du vendredi, qui sera exceptionnellement menée par le guide suprême Ali Khamenei en personne. De quoi faire craindre de possibles débordements, sachant que certains partisans de Moussavi ont déjà prévu de se rassembler dans les environs.

«Nous devons nous battre jusqu’au bout», nous confiait, à la mi-journée, Mahsa, une jeune manifestante, en route vers le rassemblement, croisée dans le métro, le bras droit enroulé dans un plâtre. «Les miliciens m’ont tabassée devant chez moi [mercredi soir]. J’ai fini la nuit à l’hôpital. Aujourd’hui, je n’ai plus rien à perdre. Pas question de rater la manifestation», avait-elle ajouté, avant de disparaître dans un wagon bondé.

«L’establishment ne peut se permettre de multiplierles «martyrs»