La police leur a accordé dix minutes, pas plus. Devant l'ambassade du Japon, mercredi à Pékin, une trentaine d'étudiants de l'Université scientifique Qinghua sont venus exprimer leur colère contre le geste du premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, qui s'est recueilli, lundi, sur la tombe de criminels de guerre. «Ce n'est pas la Chine qui représente un danger nationaliste comme le prétendent les médias occidentaux, mais le Japon, argumente un étudiant. Le danger de l'impérialisme japonais en Asie ne sera pas mort tant que son gouvernement ne s'excusera pas pour son passé.» «L'Allemagne a payé pour les erreurs du nazisme, pourquoi les Japonais en sont-ils incapables», s'interroge un autre?

Plus loin, trois autres individus brûlent des drapeaux japonais et profèrent des insultes. C'est la première manifestation de rue anti-étrangère autorisée depuis les pierres lancées contre l'ambassade des Etats-Unis à la suite du bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade par des avions de l'OTAN en 1999. Dans plusieurs villes du pays, des rassemblements patriotiques antijaponais ont réuni des collégiens et des survivants de la Deuxième Guerre mondiale. La Chine a été la principale cible de l'impérialisme japonais entre 1937 et 1945. Une guerre qui a fait des millions de victimes dont 200 000 civils massacrés dans la seule ville de Nankin.

Le gouvernement chinois s'est pourtant fendu mardi de protestations au ton étonnamment diplomatique. Le souvenir de l'invasion nippone est un thème récurrent et omniprésent dans les médias du pays, qui entretiennent à longueur d'année un sentiment de haine à l'égard de l'île voisine. Ces derniers mois, l'action des «femmes de confort» – de jeunes Chinoises réduites à la prostitution au service de l'armée impériale – pour obtenir des réparations auprès de Tokyo cinquante ans plus tard n'est pas passée inaperçue. De même que de nouvelles «révélations» sur le programme de guerre biologique entamé par les troupes nippones stationnées en Mandchourie. De peur de jeter de l'huile sur le feu, les autorités de Pékin ont préféré cette fois-ci épargner l'un des principaux investisseurs en Chine.