Les Gardiens de la révolution, corps d’élite de la République islamique, ont averti lundi qu’ils écraseraient toute nouvelle manifestation contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad au moment où des centaines de protestataires se rassemblaient à nouveau à Téhéran. La manifestation s’est terminée près de deux heures après avoir commencé.

Parallèlement, l’Iran, qui connaît sa crise la plus grave depuis la fondation de la République islamique en 1979, est revenu à la charge contre ce qu’il considère comme les «ingérences» de l’Occident dans ses affaires internes.

Dans l’après-midi, un millier de manifestants se sont rassemblés place Haft-é Tir, dans le centre de Téhéran, faisant fi d’une mise en garde des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime créée peu après la révolution de 1979 par l’ayatollah Khomeiny. «Les Gardiens de la révolution, les bassidjis (milice islamique dépendant des Gardiens, ndlr) et les autres forces de l’ordre et de sécurité sont prêts à mener une action décisive et révolutionnaire pour […] mettre un terme au complot et aux émeutes», selon un communiqué cité par l’agence Mehr.

C’est la première fois que les Pasdarans lancent un tel avertissement depuis le début des troubles qui ont suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin. La veille, le principal rival du président ultraconservateur, Mir Hossein Moussavi, avait enjoint ses partisans à poursuivre le mouvement, estimant que «protester contre le mensonge et la fraude» était leur «droit». L’ancien Premier ministre, qui réclame l’annulation du scrutin, a engagé les manifestants à éviter toute provocation et la police et l’armée à ne pas agir «de manière irréparable».

Téhéran avait connu samedi un déchaînement de violence dans lequel au moins dix personnes ont été tuées et plus de 100 blessées, selon la télévision d’Etat, portant à au moins 17 le nombre de morts à Téhéran en une semaine. Des participants aux manifestations ont évoqué une réaction disproportionnée des forces de sécurité avec l’usage de tirs à balles réelles tandis que la radio d’Etat a annoncé 457 arrestations.

La violence des affrontements a été illustrée par une vidéo vue par des centaines de milliers d’internautes, montrant le visage ensanglanté d’une jeune femme, Neda, présentée comme une manifestante tuée par balle.

Depuis le 12 juin, de nombreuses voix se sont élevées à l’étranger pour dénoncer la validité du scrutin et les violences, poussant Téhéran à lancer une nouvelle charge contre cette «ingérence» de l’Occident.

«Les pays occidentaux se sont ingérés dans le processus électoral en exagérant les manifestations organisées contre les résultats du scrutin», a accusé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hassan Ghashghavi. «La France est allée jusqu’à demander l’annulation des résultats de l’élection, s’est-il indigné. Quel droit ont-ils de faire de telles remarques inappropriées et irresponsables?».

Il a également lancé une nouvelle attaque contre la BBC, dont le correspondant a été sommé de quitter le pays, et La Voix de l’Amérique, accusant leurs directeurs d’être «officiellement les fils spirituels du (Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu et du (ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor) Lieberman».

Quatre associations d’étudiants ont également appelé à une manifestation mardi devant l’ambassade de Téhéran pour dénoncer «l’ingérence» du gouvernement «pervers de Grande-Bretagne».

Abbas Ali Kadkhodaie, porte-parole du Conseil des Gardiens de la constitution, qui doit se prononcer d’ici mercredi sur les plaintes pour irrégularités déposées par les adversaires de M. Ahmadinejad, a reconnu qu’il y avait eu plus de votes que d’électeurs potentiels dans cinquante districts, sur les 366 du pays. Il a cependant indiqué que compte tenu du nombre de votes concernés, 3 millions sur plus de 38, «cela n’aura pas une influence importante sur les résultats de l’élection».

Enfin, les tensions politiques au sein du régime ont reçu une nouvelle illustration avec la confirmation de l’arrestation de cinq proches d’Akbar Hachémi Rafsandjani, dont sa fille. L’ex-président iranien a été accusé par M. Ahmadinejad de soutenir M. Moussavi.

Arrêtés samedi, ils ont été libérés quelques heures plus tard, selon l’agence Fars.

Et le président du Parlement, Ali Larijani, a déclaré qu’une «grande partie des gens» avait «perçu le résultat de l’élection comme étant différent du résultat annoncé officiellement. Cette perception doit être respectée».